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Résumé
En 1871, une couturière et une ouvrière agricole, Lumina Sophie dite Surprise, enceinte et âgée de 23 ans environ, est condamnée à la déportation à vie pour sa participation en 1870 à l'Insurrection du sud la Martinique. Récemment, cette insurgée s'est mise à symboliser la lutte anticolonialiste et le combat pour le droit des femmes en Martinique. Sa popularisation mobilise la politisation d'un nombre croissant de Martiniquais; elle ne relève pas d'un simple "complexe de Solitude". S'intéresser à sa popularité et à sa mémorialisation tardives révèle en Martinique une politique croisée du genre, de la race et la classe ancrée dans une (re)construction de l'histoire locale et de l'identité nationale. Cette reconstruction favorise et combat à la fois une production historique qui occulte l'activisme (politique) des Martiniquaises.
Mots-clés
Mémorialisation; archives; insurrection; intersectionnalité; culture populaire; imaginaire martiniquais.
Un nombre grandissant de Martiniquais considere Lumina Sophie, dite Surprise (1848-1879), une couturiere et ouvriere agricole, comme un symbole de résistance.2 Enceinte, elle a participé â l'insurrection du sud de la Martinique en 1870 - courte rébellion contre l'ordre colonial que l'armée réprime dans le sang.3 Accusée d'incendier au moins trois plantations, elle est emprisonnée et accouche d'un fils qui lui est enlevé, et qui meurt plus tard. Un conseil de guerre, similaire â une cour martiale, la condamne aux travaux forcés â perpétuité. Déportée dans le pénitencier tristement célebre de Guyane française, elle est contrainte d'épouser un ancien forçat, Marie Léon-Joseph Félix - un métropolitain (Pago, 2008, 92). Elle décede au Bagne de Saint-Laurent de Maroni â l'âge de 31 ans, de malnutrition et de mauvais traitements, sans doute le cœur brisé. Vingt-deux ans apres l'acte d'émancipation de 1848, Surprise paie cherement son désaccord avec le systeme colonial dans un monde post-esclavagiste.
Depuis le début des années 2000, cette dissidente enflamme l'imaginaire martiniquais comme embleme de la lutte contre le colonialisme et pour les droits des femmes. Dans une île oú l'UFM (Union des Femmes Martiniquaises) dénonce le sexisme et la violence récurrente contre les femmes tant au foyer, sur le terrain professionnel et dans l'espace public, la démocratisation de l'histoire de Surprise semble signifier un progres social et politique.4 Une prolifération d'artéfacts, d'événements culturels ou de blogs témoigne de sa popularité croissante â la Martinique.5...





