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Désormais, la relation entre le genre et le développement fait partie intégrante du débat public et de l’agenda des agences et organismes internationaux et nationaux. La planification urbaine avec une perspective de genre vise à prendre en compte les rôles différentiels des hommes et des femmes dans un quartier, une ville ou un territoire donné. Elle veille aussi à s’assurer que tous et toutes auront les mêmes opportunités et le même contrôle sur les ressources et services que procure le développement urbain. S’inscrivant dans ce cadre, cette thèse envisage et propose une étude du genre dans la planification urbaine institutionnalisée.
Nous avons choisi d’étudier la politique de logement social au Chili - considérée exemplaire en Amérique latine et dans les pays en développement en général -, afin d’illustrer comment une intervention gouvernementale déjà bien établie peut construire, influencer, modifier ou légitimer certains rapports sociaux de sexe. Nous avons également cherché à nuancer, retracer et expliciter en quoi une telle politique de logement social et les programmes en découlant peuvent être sous-tendus par certains « contrats de genre ». Pour ce faire, nous avons mené une étude de cas qui intègre à la fois les dimensions micro et macro, car nous croyons que l’échelle du ménage, avec ses espaces environnants, et celle des stratégies gouvernementales sont interreliées eu égard à l’acquisition de connaissances par rapport au genre et à la problématique spécifique des femmes en matière d’habitat. Nos analyses s’appuient sur des entretiens semi-structurés menés auprès de professionnels oeuvrant dans le domaine de l’urbain, du monde universitaire et du privé, de représentants des autorités centrales et locales et, avant tout, auprès d’hommes et de femmes habitant le quartier populaire La Pintana de Santiago et ayant participé au processus d’accès au logement social. Nous avons aussi tiré parti de données de sources secondaires afin de bien mettre en contexte nos analyses.
Les résultats ont mis en évidence la nécessité de questionner les catégories abstraites et neutres (non « genrées ») dans le domaine particulier de l’offre de logement social. En outre, il est apparu important de travailler avec des données désagrégées par sexe afin de bien rendre compte de la réalité hétérogène au profit de laquelle les professionnels planifient. Des indicateurs sensibles au genre se sont également avérés indispensables pour évaluer et faire le suivi de la condition et de la position des femmes dans le milieu urbain. Enfin, nous constatons qu’il est devenu fondamental de prendre soin d’intégrer l’avis des hommes et femmes bénéficiaires dans les processus de diagnostic, de consultation et d’évaluation de l’aménagement de l’habitat subventionné.