Content area
La sûreté des réacteurs nucléaires repose en partie sur des prédictions issues de simulations numériques. Leurs incertitudes doivent donc être évaluées. En neutronique, ces incertitudes sont, à ce jour, estimées à partir des écarts entre les mesures existantes et les simulations correspondantes. Ce procédé inhabituel en sciences aboutit à des fragilités dans l’estimation des incertitudes. Par exemple, une nouveauté pourrait induire plus d’écarts que ceux vus dans le retour d’expérience. De plus, dans certains cas (courants), ces incertitudes sont basées sur des écarts entre des mesures et des simulations ajustées, c’est-à-dire réalisées après avoir eu connaissance des mesures et en forçant les simulations au plus près des mesures. L’écart résiduel aboutit donc à considérer des incertitudes comprimées. Cette méthode d’évaluation des incertitudes peut donc être améliorée. Pour gagner en robustesse, l’approche proposée est de revenir aux fondamentaux : les sources d’erreurs des simulations. Pour ces travaux, elles sont principalement de deux types : — d’une part, les erreurs dues aux approximations physiques et numériques, regroupées sous le terme de « biais déterministes » ; — d’autre part, les incertitudes des constantes universelles gouvernant les interactions entre neutrons et noyaux, qui sont non négligeables en physique nucléaire. Ces incertitudes de données nucléaires, provenant de la physique nucléaire, sont propagées par une méthode de Monte-Carlo, exempte d’approximation, jusqu’aux simulations de physique des réacteurs nucléaires. Cette technique se révèle industrialisable en l’état. De plus, des propagations d’incertitudes ont été réalisées avec des méthodes approximatives, touchées par les biais déterministes, et par des méthodes de référence quasi exactes. La comparaison des deux a permis cette découverte centrale : pour des variations de données nucléaires correspondant typiquement à leurs incertitudes, les biais déterministes peuvent être considérés constants. D’apparence anodine, cet excellent accord permet une économie substantielle, mettant à portée l’évaluation de toutes les sources d’erreurs. En effet, les différents échantillons (Monte-Carlo) de données nucléaires peuvent être propagés avec des méthodes approximatives, puis tous corrigés à l’aide d’une seule solution de référence. Cette méthode originale, en double approche, permet de bénéficier du meilleur des méthodes quasi exactes et du meilleur des méthodes approximatives. Elle trouve une application toute particulière dans la suite de cette thèse. En effet, au-delà de ce premier thème portant sur la propagation d’incertitudes, un deuxième thème – étroitement lié – est abordé dans cette thèse : celui des ajustements aux mesures. Il est légitime de considérer que les outils de calcul scientifiques doivent reproduire les mesures réalisées expérimentalement sur des réacteurs bel et bien réels. Cependant, les ajustements standards reposent sur des bases fragiles, c’est-à-dire sur des compensations entre des erreurs de différentes natures. Par conséquent, ces compensations ne sont pas universelles. L’extrapolation n’est donc pas idéale, que ce soit pour l’introduction de nouveautés industrielles ou pour prévenir d’hypothétiques accidents. Par ailleurs, ces ajustements standards ne permettent pas d’évaluer des incertitudes ; la question des incertitudes est absente dans ces ajustements. Pour répondre à cette double problématique, une méthode novatrice d’ajustement bayésien est proposée, en s’appuyant sur un paradigme plus complet. Elle se base sur la technique imaginée lors de l’exploration du premier thème, pour éliminer les biais déterministes et ne conserver que les incertitudes dues aux données nucléaires. Suite à cela, la méthode « Backward-Forward Monte-Carlo » (BFMC), provenant de la physique nucléaire, est mise à contribution. Parmi les données nucléaires plausibles, sont jugées les plus vraisemblables celles en meilleur accord avec des mesures expérimentales réalisées sur des réacteurs. Les incertitudes de données nucléaires sont réduites de manière mesurée, sans montrer de signes de surajustement. En mobilisant une connaissance physique et universelle des causes profondes des erreurs, l’ensemble des méthodes exploitées dans cette thèse présentent des arguments solides, pouvant prétendre à une meilleure capacité d’extrapolation par rapport aux méthodes standards d’évaluation des incertitudes et d’ajustement. Par ailleurs, ces travaux de recherche mènent à recommander : (1) de renoncer à dériver, à partir de mesures, des quantités non mesurables (comme la puissance déposée localement) lors des comparaisons entre simulations et mesures, mais plutôt de simuler directement les quantités réellement mesurées par les capteurs et de s’y comparer ; (2) d’évaluer systématiquement les incertitudes technologiques et de mesures touchant les réacteurs nucléaires, avec une attention appuyée lors de leurs tous premiers démarrages ; (3) de mener une réévaluation décennale des incertitudes des outils de calcul scientifique, à l’instar des réexamens périodiques (décennaux) des installations nucléaires, pour tenir compte de l’évolution des connaissances. Enfin, ces travaux sont menés avec une attention particulière quant à leurs reproductibilités, par la mise à disposition des données et logiciels produits.