Abstract
The name of the author Sylviane Agacinski is associated with the theoretical articulation of the French law on political parity, promulgated in 1999. In this article, we aimed to analyze the main ideas discussed in her book "Gender Politics", launched in 1998 and reedited in 2001. The argued philosophical post-feminism that Sylviane Agacinski promotes, tends to be differentiated fi'om the paradoxically androcentric reflections of Simone de Beauvoir, arriving at a philosophy of mixedness in which the relationship between the 2 genders is neither presented as a hierarchy nor as neutralization, but as a productive complementarity.
Keywords: gender, politics, feminism, post-feminism, mixedness, parity
Rezumat
Cu numele autoarei Sylviane Agacinski este asociată articularea teoretică a legii franceze despre paritatea politică, promulgată în 1999. în prezentul articol ne-ат propus să analizăm principalele idei puse în discu?ie în cadrul căr?ii sale „Politica sexelor", care a apărut în 1998 ?i a fost reeditată în 2001. Postfeminismul filozofic argumentat pe care îl promovează Sylviane Agacinski, se vrea diferen?iat de reflec?iile paradoxal androcentrice ale Simonéi de Beauvoir, ajungându-se la o filozofie a mixită?ii în care rela?ia dintre cele 2 sexe nu se prezintă nici ca ierarhizare, nici ca neutralizare, ci drept o complementaritate productivă.
Cuvinte-cheie: sex, politică, feminism, postfeminism, mixitate, paritate
Sylviane Agacinski est une philosophe française, née le 4 mai 1945 a Nades (Allier). Elle participe â la creation du Groupe de recherches sur ľenseignement philosophique, puis â la direction du College international de Philosophie.  partir de 1991, eile est professeur â ľÉcole des hautes études en sciences sociales. Elle écrit et publie son livre « Politique des sexes », paru en 1998 et reedité en 2001. En 1994, elle épouse le futur 16е premier ministre franęais Lionel Jospin. Elle fait Campagne pour son mari en 1995, puis en 2002. Cest sous son gouvernement (en 2000) qu'elle milite pour la loi sur la parite hommes-femmes. Elle a publié de nombreux articles et une dizaine de livres, dont les demiers sont consacrés â la queshon des rapports entre les sexes.
« Politique des sexes » est un essai, une reflexion philosophique, mais aussi une prise de position par rapport au probléme de la place de la femme dans la société et dans la politique moderne. Le livre est publié en France au moment du debat sur la paritě hommes-femmes au niveau politique. Un groupe d'activistes a lancé un manifeste pour établir une égalité effective des bommes et des femmes dans les instances de decision, en revendiquant aussi un equilibre quantitatif. Un débat qui a vite pris ampleur sur la scéne publique et s'est soldé avec ľapplication ďune loi votée en 1999, qui favorise ľégal acces des bommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions electives.
S. Agacinski part de cette idee de parite dans sa reflexion, dans sa pensée et dans son argumentation. Elle s'appuie sur des bases anthropologiques (elle cite plusieurs fois le livre de Françoise Herifler «Masculin/Feminin. Ea pensée de la difference»), sur plusieurs hypotheses de Freud qu'elle n'hésite pas â mettre en question, sur des elements de droit en France ; elle fait appel également aux postulats des feministes, mais elle s'écarte â plusieurs égards des positions de Simone de Beauvoir, présentées dans «Ее deuxieme sexe», considerant que son feminisme est paradoxalement androcentré, parce qu'il envisageait l'émancipation des femmes par ľassimilation aux bommes (ľhomme servait de modele et les femmes se voulaient les égales des bommes en tout, insistant sur la valorisation exclusive des valeurs viriles et, par consequent, sur la dévalorisation des attributs de la maternité).
Agacinski oppose â cela une philosophie de la mixité, qui présente la relation entre les deux sexes humains comme basée ni sur une hiérarchisation, ni sur une neutralisation, mais sur une complémentarité féconde.
L'humanité est mixte, on naît fille ou garçon, on devient femme ou hommé. Ce sur quoi s'interroge fondamentalement S. Agacinski est le sens que l'humanité a, depuis la nuit des temps, cherché â donner â la difference entre les sexes. Cette difference naturelle existe, mais l'humanité a depuis toujours cherché a l'interpréter et lui donner du sens. Savoir comment est reconnu ou au contraire dénié la difference des sexes, savoir la façon dont pense l'autre sexe sont des questions d'ordre politique, parce que cela concerne le fonctionnement des groupes sociaux.
Son livre est divisé en trois grandes parties : « Differences », « Filiations » et « Politiques ». Dans la premiere partie qui est la plus longue, Sylviane Agacinski part de ľobservation selon laquelle ľandrocentrisme qui établit une hierarchie entre les sexes et qui est toujours au profit du sexe masculin, est present dans pratiquement toutes les cultures. La culture occidentale n'y fait pas exception (rappelons ici au meins les ouvrages de Freud et Lacan).
D'autre part, il у a les systémes de pensées « universalistes » qui substituent aux étres humains différenciés rm concept d'homme universel indifférencié. Mais cette ideologie est androcentrique « par défaut », en quelque sorte, car, en affirmant leur indifference aux differences sexuelles, les universalistes en viennent implicitement â considerer ľhomme comme la mesure des choses : « Ainsi, le sujet qui n'est 'ni homme, ni femme' est-il fina- lement pensé sur im mode masculin, tout comme ľ 'homme' des droits de l'homme était le citoyen de sexe mále » (p. 35).
Elle commence par constater que ľhistoire des civilisations se caractérise par ľexistence d'une hierarchie entre les sexes : « Partout, seion des formes variables, les rapports entre les sexes apparaissent fortement hierarchises et les bommes établissent leur pouvoir, en méme temps qu'ils le légitiment par des fondements mythologiques, religieux, idéologiques, philosophiques ou scientifiques » (p. 61 - versions de la difference).
« L'homme a voulu seul incarner ľhumain, la femme étant située dans un leger écart par rapport â l'homme au sens générique, répond Agacinski. Non pas qu'elle fÛt un étre absolument autre que l'homme, non : toujours plutôt moins 'homme' que lui et done morns humaine. Elie a toujours été dans le mains : socialement, naturellement et, méme, ontologiquement. Cette façon androcentrique d'identifier ľhumanité aux hommes et de faire des femmes des étres mineurs, â mi-chemin des hommes et des enfants, est trés ancienne » (pp. 51-52).
Cet androcentrisme nourrit une « peur métaphysique de la division », de la dualité. Mais Agacinski considere qu'il faut partir de l'idée que ľhumanité est double et done mixte : « Ľespéce humaine se divise en deux et en deux seulement, comme la plupart des autres espéces. Cette division qui couvre 1'ensemble des étres humains, sans reste, est done une dichotomie. Autrement dit, tout individu qui n'est pas femme est homme et tout individu qui n'est pas homme est femme. Il n'y a pas de troisiěme possibilité (...) La division sexuelle oblige â renoncer au vieux réve d'une humanité pensée â partir ďun modele unique et qui puisse étre considérée comme constituée de deux types humains distinets, â la fois semblables et différents. C'est-â-dire â penser ľhumanité comme mixte ».
Le projet qui anime la reflexion de S. Agacinski est de repenser la mixité de l'homme, de partager en deux notre representation de ľessence de 1' 'individu humain', de telle sorte que la femme ne soit plus un étre secondaire, qu'elle éprouve la fierté d'etre ce qu'elle est - femme -, sans avoir â s'identifier a l'homme pour apparaitre comme pleinement humaine. Enfin qu'elle soit femme en sachant qu'elle ne manque de rien, si ce n'est qu'elle connait 1'universelle finitude de tout étre humain.
Bien sÛr ľobjectif de Sylviane Agacinski semble bien étre de donner â la femme la place legitime qui lui revient au sein de ľhumanité. Cependant, cela ne ľempéche pas, par ailleurs, de jeter un regard critique sur ľhistoire des idées feministes, ce qui l'améne â prendre ses distances avec le mou vement feministe dans son ensemble, â commencer par Simone de Beauvoir. Elle fait cette critique dans la sous-partie « Liberté et fécondité ».
Ce qu'elle reproche essentiellement â l'auteure du « Deuxiéme sexe », dont elle reconnait néanmoins le röle précurseur (elle l'appelle un exemple de courage intellectuel), c'est de ne proposer d'autre perspective d'emancipation - ou de liberation - aux femmes que de modeler leur conception de la liberté sur celle que la morale existen?ialiste attribue, par principe, â ľhomme, reproduisant ainsi les préjugés les plus traditionnels en matiére de repartition des rôles entre les bommes et les femmes (p. 84).
Mais sa critique la plus forte s'exerce envers le refus de la maternité conçue comme une alienation naturelle pour la femme, comme un signe de la passivité feminine ou méme comme un « handicap » (p. 92): «... en dénonçant une alienation physique des meres, en restant aveugle â ce que ľenfantement pouvait révéler d'une experience originale de ľaltérité chez les femmes, Simone de Beauvoir témoigne de sa propre méconnaissance de la maternité et méme de son dégoút pour tout ce qui concerne cette experience » (p. 94).
D'autre part, les autres courants feministes ne trouvent pas grace aux yeux de Sylviane Agacinski, ni le feminisme historique, ni le feminisme « separatiste » ou « radical », centre sur la « spécificité des femmes ». Dans leur radicalité respective, le separatisme et ľuniversalisme peuvent conduire, chacun, â des formes d'occultation de la mixite : le separatisme, en exaltant la difference jusqu'â rever d'une separation des sexes, voire d'une culture homosexuelle ; ľuniversalisme, en déniant la difference des sexes ou en masquant le privilege du modéle masculin sous la prétendue neutralite sexuelle des sujets. L'universel est masculin jusqu'â la fin, idee qu'on retrouve dans le titre de la deruiére sous partie du premier chapitre du livre.
Děs lors, elle en appelle â un dépassement du feminisme, dans la direction donnée par sa demonstration : « Un « feminisme » modeme ne devrait plus étre une théorie, ni une politique des femmes, mais s'appuyer sur ime Philosophie de la mixité. Autrement dit, la pensée de la mixité sera postféministe. Elle devra abandonner les modeles masculius autant que les modeles purement féminins, consideres unilatéralement, tout en inscrivant dans la société la presence et le regard des femmes » (p. 120).
Contestant la suprema?ie attribuée au sein des sociétés androcentriques traditionnelles au sexe masculin, mais se tenant également â distance de la pensée feministe qu'elle soupçonne de ne pas avoir suffisamment défendu la spécificité des femmes, Sylviane Agacinski développe ce qu'elle nomme une « politique » des sexes qui consiste â mettre en avant le caractere divisé ou mixte de ľhumanité, en un mot sa mixité. Ľhomme et la femme ne peuvent pas exister l'un sans l'autre, car il y a multiples interdépendances entre les deux : dependance érotique pour le plaisir, dependance biologique pour la procreation et dependance affective qui recoupe toutes les autres (p. 125).
Dans les deux autres parties du livre, I'auteure essaie d'appliquer cette reflexion aux domaines de la filiation et de la parite politique.
La deuxieme partie du livre, intitulée « Filiations », debute par un chapitre entier consacre â ľhomosexualité. Sylviane Agacinski, affirmant d'abord la priorite qu'elle accorde a « ľinterdépendance des deux sexes », revendique clairement son presuppose favorable â ľhétérosexualité : les humains, universellement sexués, sont génér alement animés du désir de ľautre et dependant de cet autre pour procréer, ce qu'ils désirent aussi en general. Cette dependence mutuelle est, selon elle, naturelle et genérale.
Elle traite ensuite de ľhomosexualité, affirmant ď abord : « L'intérét exclu?ii pour le méme sexe est accidentel, c'est une sorte d'exception - méme nombreuse - qui confirme la régle » (p. 126). Ainsi, pour elle, ľhétérosexualité est ime norme, alors que ľhomosexualité est une exception. Elle parle aussi d'une « conscience de sexe », comme on parle de la « conscience de classe », et la premiére est étroitement liée â ľexpérience de la procreation : ľhomme et la femme ne sont pas seulement définis par le fenotype ou par des caracteres innés, mais aussi par ce qu'ils peuvent étre ou qu'ils sont pere ou mere. Le statut matrimonial et le fait d'avoir des enfants est une composante importante de ľidentité humaine.
Méme si Sylviane Agacinski s'oppose â toute discrimination entre les humains au nom des preferences sexuelles, elle se declare également adversaire d'un « droit â l'enfant » qui permettrait aux couples homosexuels de devenir parents d'un enfant en recourant aux techniques de « procreation artificielle ». Pour elle, au nom de la mixité, il apparhent aux droits de l'enfant d'avoir deux parents de sexes opposes et c'est dans la conception en commun d'un enfant que la difference et la complémentarité entre les sexes s'expriment le mieux.
C'est sans doute la raison de l'intégration de cette question dans la partie « Filiations » du livre - elle fait preuve d'une plus grande circonspection concernant la revendication formulée par les homosexuels vivant en couple de disposer des mėmes droits que les couples hétérosexuels en matiére de procreation : « Si des procedes médicaux permettent de faire des enfants de façon de plus en plus artificielle, en séparant le désir parental des conditions biologiques de la naissance, doit-on reconnaître â chacun un « droit a l'enfant » totalement inconditionnel ? Doit-on, en particulier, établir une filiation mentionnant deux peres ou deux meres ? Peut-on admettre qu'un enfant soit légalement issu de deux personnes du méme sexe » ?
A ces questions, la réponse de la philosophe est negative, au nom de l'origine mixte des petits bommes : « Le petit enfant, rejeton d'un monde humain, doit savoir qu'il descend d'une lignée faite d'hommes et de femmes, c'est-a-dire de deux figures concretes d'une humanite masculine et feminine cultivée, et non de cellules anonymes ou d'un chapelet de clones » (p. 153). Agacinski insiste sur boriǧine naturellement et nécessairement double de l'enfant (dans la sous-partie au méme titre).
Un autre probléme de fond, qui dépasse largement le cas particulier du désir parental des couples homosexuels : il s'agit de passer de la procreation naturelle â la procreation artificielle et, finalement, d'instaurer la possibilité defabriquer des enfants sur le modele d'une fabrication artisanale ou industrielle. Sans aucun doute, cette nouveauté permet de satisfaire le désir d'enfant des 'couples steriles', mais, le principe de cette fabrication étant admis, il n'est pas étonnant que d'autres personnes désirent beneficier de cette possibilité. Si ľenfant peut devenir ľobjet d'une fabrication en laboratoire et d'une simple convention privée entre diverses personnes intéressées â son existence, qu'est-ce qui empéchera qu'il ne devienne lui-méme une marchandise ? C'est incorrecte de mettre sur le méme plan la liberté ď avoir des enfants, au vieux sens du terme, qui résultait de la vie intime des gens, et celle defabriquer des enfants, comme on veut le faire aujourd'hui.
Sur cette question, elle s'inscrit dans la lignée d'Aristote, de preference a celle de Platon. L'univers platonicien de la « République » et du « Banquet », est definí comme collectiviste, totalitaire et misogyne (les individus copulent selon le choix des magistrats, les enfants ainsi conçus devaient étre élevés par des fonctionnaires, sans connaître leurs parents, ni ceux-ci leur progeniture ; la procreation est un intérét de la cité, de la république et pas de ľindividu). Pour Aristote, méme s'il présente toujours le masculin comme supérieur au feminin, la celebre phrase est fort importante : « La premiere union nécessaire est celle des deux étres qui sont incapables d'exister Lun sans ľautre, c'est le cas pour le måle et la femeile en vue de la procreation ». Le couple masculin/feminin n'est pas simplement différentiel, 11 engage le rapport des deux sexes â un projet commım : survivre ensemble, donner un avenir â ses propres genes par la progeniture.
La troisiěme partie du livre, intitulée « Politiques », commence par ce que ľauteure lance ľidée que la politique est une affaire des femmes : « J'arme a penser que, si ľhomme a inventé la guerre, la femme a inventé la politique le jour - mythique, j'en conviens - ou elle a persuade ľhomme de la séduire, plutót que de la prendre par la force, comme on prend une citadelle. Paute de pouvoir et de vouloir se battre, faute d'aimer la violence, j'imagine que la femme a développé, dans ses relations avec ľautre sexe, ľ art de persuader et de gouverner par la parole » (p. 167).
Pour S. Agacinski, ľoriginalité des rapports entre les sexes reside peutétre justement dans le fait que la guerre est impossible entre eux. Trop dependants ľun de ľautre pour la satisfaction de leurs tendances, ils ont été contraints â s'associer et c'est ľimpossibilité de la guerre qui les a amenés â la politique (...). L'inégalité entre hommes et femmes semble avoir été jusqu'â present la régle : mais cela ne veut pas dire que les femmes n'ont pas negocié en permanence leur statut. De méme, les hommes n'ont pu s'approprier les femmes et les enfants sans s'assurer autant que possible leur consentement. C'est cette obligation de négocier une relation â la fors naturelle, nécessaire et conventionnelle, ou se mélangent le besoin, la solidarite et la divergence ďintéréts qui donne â la relation entre les sexes sa dimension politique (p. 174). La guerre des sexes est surtout impossible en France, parce qu'on у aime trop ľamitié et ľa mou r, la seduction et méme le libertinage. Les bommes et les femmes, ici plus encore qu'ailleurs, ont toujours cherché â se comprendre et â se plaire. Mais autant les rapports entre les sexes dans la vie privée semblent pleins de charme et de liberté, autant dans d'autres spheres on se heurte â une réalité véritablement archaique et un conservatisme surprenant. Cela concerne surtout les femmes poliüques, que Lopinion commune considere plus â leur place dans la cuisine que dans une reunión publique.
La philosophe parle ensuite de Légalité entre les hommes et les femmes comme d'une notion pas naturelle, mais politique : « L'insütuüon de Légalité n'est done pas la consequence nécessaire d'une vérité evidente ou démontrable, mais Leffet d'une decision politique. Mais il ne faudrait pas assimiler « égalité » et « identite » : « Dire que les hommes et les femmes sont égaux ne signifie pas qu'ils soient identiques : le principe de Légalité n'exclut done pas la reconnaissance de la difference.
Jusqu'â Ladoption en France de la loi sur la parité politique, il était frappant de constater que la reconnaissance de Légalité entre les femmes et les hommes ne s'accompagnait nullement d'une participation égale â la prise de decisions politiques, puisque les femmes ne représentaient, en 1996, que 5 % des parlementaires français. Cependant, seion la philosophe, il n'y avart rien lă en soi d'anormal ou de scandaleux : «... le concept classique de democra?ie, méme aprés l'extension du droit de vote aux femmes, n'a jamais contenu la nécessité d'une juste proportion de femmes parmi les élus. Ni ľidée ďégalité des droits, ni ľidée de democra?ie ne font reference â rm ideal de mixite effective des instances élues, encore moins â un partage egal ou equitable du pouvoir (p. 203). D'oú ľintérét d'introduire la notion de « parité » et de 1'articuler â celle de « mixité » : « Seule ľidée de parité contient cette exigence de partage : e'est en quoi elle est originale et parfaitement inédite, aussi bien du point de vue des principes que de la vie démocratique elle-méme (...). En ce sens, je dirai que la mixité universelle de l'humanité doit aussi trouver son expression dans la definition du peuple, étre incluse dans le concept de democra?ie et dans les principes de la vie politique (p. 230).
Reconnaissante aux feministes et â Simone de Beauvoir (pour son ouvrage «Le deuxiéme sexe»), Sylviane Agacinski revient cependant sur Lillusion d'un feminisme paradoxalement androcentré. On faisait alors passer ľémancipation des femmes par Lassimilation aux hommes. Contre le modele masculin, elle développe une anthropologie de la difference, indispensable pour repenser la liberté et Légalité de la femme face â son destin. Ainsi, c'est également la dignité de la maternité qu'elle rappelle, contre le discredit jeté sur ce röle feminin par celles qui se voulaient les égales des hommes. La liberté de la femme est justement d'accueillir en eile la vie, de repondré du « destín biologique » et non d'en étre la victime passive. Sans nous arréter au droit â la contraception artificielle qui constitue un aequis dans la perspective de Sylviane Agacinski (mais qui est done â peine abordé dans le livre), nous voudrions montrer ici les points trés constructifs de sa reflexion. A une liberté negative de refus, réve d'autosuffisance, Sylviane Agacinski oppose ľexpérience de ľamour donne â ľenfant, la reconnaissance et ľacceptation de ľautre. Cependant, faute d'ultime justification de cet amour pour ľautre, de cet « enfant injustifié », e'est bien en dernier recours â la gratuite de ľexistence donnée que la philosophe fait appel. Et « si les choses et les étres existent de façon aléatoire et gratuite, hors de toute finalité ultime, il est vain de vouloir remedier â ľabsence de tout fondement par la pretention de chaqué étre â se fonder soi-méme ». Ainsi, les femmes doivent-elles se libérer avec leur féminité et non contre elle. La maternité est, en effet, une force et une puissance. Ainsi, ce qui était dénoncé comme le lieu de ľaliénation de la femme est ici mis en evidence comme lieu de son accomplissement, de son identite proprement feminine. C'est justement la liberté de repondré pleinement â son röle de femme. La repartition des roles entre les sexes découle ainsi de ľinterdépendance de ľhomme et de la femme pour realiser chacun leur röle.
Or, la vision de ľhumanité mixte que deplore Sylviane Agacinski est d'autant plus interessante qu'elle met en evidence la vocation de ľhomme et de la femme â se realiser dans ce qui les dépasse, par la rencontre et le service de ľautre. Non seulement, ľhomme et la femme sont absolument (et vertigineusement, dira-t-elle, en se demandant si la communication entre eux est possible) différents, mais leur difference est signe de leur appel â une transcendance. Cela se manifeste dans ľélaboration de leur projet commun qui les dépasse, la filiation. Elle reprend, dans cette perspective, ľéthique de la difference des sexes, abordée par Emmanuel Lévinas (« Totalite et infini ») pour montrer que « la fécondité n'est pas seulement une question anthropologique, mais bien une question philosophique fondamentale, puisque la transcendance de ľautre peut s'y révéler. Le probléme n'est done pas simplement que ľhomme et la femme ne puissent exister ľun sans ľautre, encore que cette formulation doive étre entendue dans toute sa force. Il est de savoir de quoi ľhomme et la femme sont responsables ľun devant ľautre, et qui les dépasse ľun ľautre. C'est súrement ce qui les dépasse, c'est-a-dire leur transcendance, qui constitue â la fois la cause de leur dependance et l'enjeu mutuel de leurs conflits ». Au cœur de son livre, la philosophe montre comment le couple n'acquiert sa pleine signification que dans son ouverture au don, mais aussi comment cette ouverture est le lieu ou il faudra le dialogue : que decider pour ľenfant, pour notre vie, pour la vie de la cité ? En effet, « si 1'on oublie la relation â cette descendance ou si I'on n'établit sur elle aucun lien social, comme le mariage et la filiation, la difference entre les hommes et les femmes n'a plus tellemeni de sens et ľidentité sexuelle des personnes devient elle-méme sans grande importance ». Elle у situe ainsi ľ étre hommé ou femme dans une vocation, une destination. Et elle у voit, avec une lucidité aujourd'hui essentielle, le lieu du politique. Elle rappelle a cet égard la pensée d'Aristote: « Le fait d'engendrer une descendance répond, pour Aristote, â un désir trés fort chez les étres humains en general, en méme temps qu'il est la condition evidente de la survie de la cité ». C'est effectivement dans ľaccueil d'une vie au futur, dans le respect de la liberté de ľ enfant, que s'enracine ľéthique (se pose ici la question des droits de ľenfant qui prime sur celle des droits ă ľenfant) et la politique sur laquelle on reviendra. A partir de cette remise en place salutaire, les débats actuéis sur la parite, mais aussi sur la filiation, peuvent se resituer.
La vocation de ľhomme et de la femme implique Linsuffisance de tout modele monosexuel. Aux sources platoniciennes de la philosophie de la cité, Sylviane Agacinski reprend un des aspects du modele de la « République », ou s'allient les methodes d'une reproduction de simple nécessité et d'une education sans différenciation entre les sexes. Elle revient sur la negation de l'interdépendance qui, de fait, ne trouve son sens que dans l'amour, mais 1'amour dans la cité platonicienne n'est pas fait pour la procreation. Au contraire, une telle organisation exprime ime peur de la division, une preference pour le méme, dans une premiere utopie totalitaire. Or, dit-elle, « c'est bien la question que posent, en general, les nouvelles techniques de procreation médicalement assistée ». Ainsi, le principe de la filiation mixte, de la double origine de ľenfant est mis en question par le développement des moyens artificiéis de procreation. Si ce n'est pas sur une simple affaire de cellules que la filiation peut étre fondée de nos jours, il faut, quand méme, une figuration de l'origine. En depend pour ľenfant la conscience structurante de la singularitě et de l'altérité. L'impossibilité de l'autosuffisance se revele pleinement au moment de la structuration de ľidentité de ľenfant.
Cela luí permet de réfléchir â la conception d'enfants pour des couples homosexuels. Une fois admis et reconnu ce type de choix sexuel, elle doute cependant de la légitimité d'une filiation dans ces conditions : « au-delâ de la subjectivité, il faut oser s'interroger sur des normes, sur des principes ou des valeurs commimes, y compris sur des valeurs capables de prévaloir sur la liberté, soit qu'elles interviennent dans la vie éthique et personnelle, soit qu'elles inspirent le législateur. Peut-on, en effet, renvoyer tout probléme éthique, juridique ou politique au relativisme des choix individuéis » ? Voila ce qui constitue l'objet bien actuel d'une discussion politique engageant notre conception du couple â partir du moment ou il est défini dans sa vocation d'assumer la filiation.
Pour la politique qui naif dans la reconnaissance que ľhomme et la femme ont mutuellement besoin de l'autre, Sylviane Agacinski recourt de nouveau â la pensée d'Aristote. Elle montre que le modele hiérarchique de la cité, fondé sur la domination de l'homme, y est pourtant ouvert â la femme a partir du moment ou elle aussi disposera de la parole, condition de possibilité du politique. Aujourd'hui, la femme vote et parle. Or, ľhistoire de la condition feminine montre bien comment il n'y a pas de definition a priori de la liberté feminine, ni de ľégalité homme-femme, mais que celles-ci dependent des circonstances. C'est pourquoi la reflexion sur la place de la femme dans la democra?ie se fera en termes de stratégie. En définissant la notion de paríté comme « sens ďun partage du pouvoir entre bommes et femmes qui appelle une nouvelle definition de la democra?ie », Sylviane Agacinski ne fait qu'invoquer cet exercice de la democra?ie dans la perspective ďune représentativité qui tienne compte de la nouvelle condition feminine. Loin d'etre une copie de la population française, la representation démocratique est une figuration. D'ou la proposition de nombre egal de candidats bommes et femmes dans les listes des partis et non dans les sieges â pourvoir. Ainsi, le probléme est-il envisage selon des bases philosophiques et dans la complexité d'une attitude pragmatique.
Cet essai est d'un grand intérét pour une reflexion chrétienne sur le röle de ľhomme et de la femme. D'une part, il constitue une base de questionnement anthropologique et philosophique assez simple et claire. Ľénonciation d'arguments comme celui de la gratuite absolue de toute vie donnée, ou s'enracine l'éthique, se fonde, certes, dans la philosophie de ľaltérité de Levinas. La philosophe a également développé sa reflexion â partir de la « Critique de l'égocentrisme. L'événement de ľautre » (Galilee, Paris, 1996). C'est â partir de cette idée de la disposition du couple humain pour ľautre que nous pouvons nous réjouir de ce qu'apporté la reflexion de Sylviane Agacinski. Elle laisse, en effet, ouvertes les questions auxquelles une theologie du couple humain pourra réfléchir. D'autre part, cet essai a I'avantage de nous procurer un ensemble de données indispensables pour comprendre les enjeux des discussions actuelles sur la place de la femme et intervenir dans le débat.
References
Agacinski S. (1996). Critique de l'égocentrisme. L'événement de ľautre, Galilee.
Agacinski S. (1998). Politique des Sexes, Editions du Senil.
Beauvoir S. de. (1949). Le Deuxiéme sexe (tome 2), Editions Gallimard.
Héritier Fr. (1996). Masculin, Léminin. La pensée de la difference, Editions O. Jacob.
Levinas Em. (1990). Totalite et infini, Editions Le Livre de Poche.
You have requested "on-the-fly" machine translation of selected content from our databases. This functionality is provided solely for your convenience and is in no way intended to replace human translation. Show full disclaimer
Neither ProQuest nor its licensors make any representations or warranties with respect to the translations. The translations are automatically generated "AS IS" and "AS AVAILABLE" and are not retained in our systems. PROQUEST AND ITS LICENSORS SPECIFICALLY DISCLAIM ANY AND ALL EXPRESS OR IMPLIED WARRANTIES, INCLUDING WITHOUT LIMITATION, ANY WARRANTIES FOR AVAILABILITY, ACCURACY, TIMELINESS, COMPLETENESS, NON-INFRINGMENT, MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR A PARTICULAR PURPOSE. Your use of the translations is subject to all use restrictions contained in your Electronic Products License Agreement and by using the translation functionality you agree to forgo any and all claims against ProQuest or its licensors for your use of the translation functionality and any output derived there from. Hide full disclaimer
© 2018. This work is published under https://creativecommons.org/licenses/by-nd/4.0/ (the “License”). Notwithstanding the ProQuest Terms and Conditions, you may use this content in accordance with the terms of the License.
Abstract
The name of the author Sylviane Agacinski is associated with the theoretical articulation of the French law on political parity, promulgated in 1999. In this article, we aimed to analyze the main ideas discussed in her book "Gender Politics", launched in 1998 and reedited in 2001. The argued philosophical post-feminism that Sylviane Agacinski promotes, tends to be differentiated from the paradoxically androcentric reflections of Simone de Beauvoir, arriving at a philosophy of mixedness in which the relationship between the 2 genders is neither presented as a hierarchy nor as neutralization, but as a productive complementarity.





