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Abstract
Partant du constat bibliographique que l'imaginaire populaire haïtien de la zombification, malgré quelques ouvrages majeurs sur le sujet, n'avait jamais véritablement fait l'objet d'une exploration ethnographique susceptible d'en restituer, en profondeur et de manière détaillée, les logiques subtiles, la complexité, l'ampleur et les significations éventuelles, l'auteur se donne pour objet dans cette étude de retracer le processus de production du zombi tel qu'il est conçu en Haïti, cela à la faveur d'une exploration réglée, d'un parcours heuristique de ses différentes étapes restituées selon une chrono-logique inspirée des conceptions locales.
Examinant notamment: les différents motifs situés à l'origine de cette "pratique", les catégories d'acteurs y intervenant, les fondements théoriques populaires de cette opération localisés dans une conception de la personne à plusieurs termes et "éclatée", le mode opératoire prédominant dit d'"expédition d'esprits", les états consécutifs dits de "dédoublement", d'"étourdissement" (mort apparente), l'imaginaire funéraire et mortuaire lié au recours aux morgues privées, ainsi que les figures apparentées (celle du "croque-mort thanatocide" et celle du "croque-mort vendeur de morts"), examinant encore les séquences de la prise du zombi au cimetière, de son convoyage nocturne, puis s'intéressant aux modes d'entretien, d'exploitation et de transformation de cette main d'œuvre servile pour enfin évoquer la libération, puis la curation affranchissante des zombi, l'auteur tente de traduire le plus fidèlement possible les représentations locales afin, en second lieu, de les interroger à la lumière du passé servile fondateur de la socio-culture haïtienne.
Posant que l'imaginaire collectif haïtien de la zombification constituerait l'espace refuge d'une mémoire collective de l'esclavage infra-consciente, "incarnée", "incorporée", échappant aux processus de construction sociale de la mémoire mais composée de potentia lités narratives et discursives "schématiques" ainsi que d'empreintes mémorielles héritées de l'époque esclavagiste et rendant compte d'une présence de ce passé dans et par l'imaginaire défini comme espace d'expression, l'auteur enregistre et questionne les divers "lieux" qui, au sein de cet espace narratif et exégétique, témoigneraient concrètement de cette présentification collective: thèmes de la "vente" d'être humains, de leur "rachat" éventuel; déportation, aliénation, dépersonnalisation, dé/re-nomination, animalisation, exploitation...du zombi. L'étude s'achève alors sur un panorama de la figure de l'esclave dans les imaginaires afro-américains.





