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1. A l'aune du paradigme économique dominant qui gouverne actuellement les sociétés occidentales, de nombreuses activités humaines sont considérées comme économiques et, de ce fait, assujetties aux exigences du marché. Telle est la situation des différentes activités artistiques qui, si nous nous référons par exemple à la définition de l'activité économique retenue dans la jurisprudence du droit de l'Union européenne, consistent à offrir des biens ou des services dans le cadre d'un marché donné. En effet, sous le prisme de l'économiste, un spectacle est un service de divertissement fourni à un public contre rémunération; or, les mécanismes traditionnels fondés sur l'interaction de l'offre et de la demande ne permettent pas à de nombreuses entreprises de la scène de subsister économiquement. Concrètement, les recettes générées par l'activité permettent rarement de couvrir l'intégralité des coûts supportés par l'opérateur. Plus généralement, de nombreuses activités artistiques s'acclimatent difficilement aux exigences du marché. Faudrait-il laisser leur sort subordonné à la seule loi du marché, au risque de laisser disparaître les biens et services qui ne rencontrent pas une demande suffisante? A l'inverse, pour quels motifs ne devrions-nous pas les laisser disparaître ?
2. Pour des raisons diverses sur lesquelles nous reviendrons, les autorités publiques et de nombreuses personnes privées enfreignent les « lois » du marché et, indépendamment d'une logique de l'échange, prennent l'initiative de soutenir financièrement le secteur. De nombreuses salles de spectacles, orchestres, opéras, compagnies ou artistes individuels bénéficient en effet d'importantes subventions publiques et de dons de mécènes.
3. Les aides sont donc tantôt publiques, tantôt privées. Toutefois, même lorsque le soutien provient d'une personne de droit privé, les aides sont généralement supportées partiellement par l'État, dans la mesure où il les encourage par la voie fiscale. Dans les deux situations donc, les autorités publiques interviennent dans le financement du secteur des arts de la scène. Le financement public se réalise en réalité sous deux formes: soit de manière directe, lorsque les autorités publiques transfèrent des fonds aux artistes ou organisations de spectacles, soit de manière indirecte, lorsqu'elles encouragent fiscalement les financements privés ou allègent les coûts fiscaux des opérateurs, voire des consommateurs.
4. L'objet de la présente recherche consiste en l'étude des dispositifs juridiques de soutien financier des arts de la scène dans trois États en particulier: la Belgique, la France et les États-Unis. À cette fin, nous déterminerons préalablement le champ de l'étude (I.), pour ensuite présenter la méthode adoptée (II.). Une fois ces précisions établies, nous exposerons la thèse que cette recherche tend à démontrer (III.). Enfin, nous clôturerons cette introduction générale par un plan succinct de la thèse (IV.).
1. DELIMITATION DU CHAMP DE L'ÉTUDE
5. Notre recherche est circonscrite à l'étude des aspects juridiques du financement public du secteur professionnel des arts de la scène en Belgique, en France et aux États-Unis. Chacun de ces éléments exige une attention particulière. Premièrement, la présente étude relève essentiellement de la science juridique; même si, par le recours modéré à d'autres disciplines, la recherche revêtira également, à certains égards, une dimension métajuridique, c'est principalement par le prisme du droit que nous étudierons le financement public des arts de la scène (A.). Qu'entendons-nous ensuite par financement public? De manière synthétique, les autorités publiques interviennent principalement de deux manières dans l'économie des spectacles: premièrement, elles établissent des règles nécessaires à la création d'un marché des spectacles: deuxièmement, elles soutiennent financièrement les opérateurs actifs sur ce marché. C'est principalement cette seconde forme d'intervention qui constituera le cœur de la thèse. Nous nous intéresserons tout de même au premier type de règles dans la partie préliminaire, dès lors qu'elles éclairent, elles aussi, le rôle prépondérant des pouvoirs publics dans l'encadrement juridique des arts de la scène et qu'elles constituent en quelque sorte l'arrière-scène des dispositifs normatifs auxquels notre recherche est essentiellement consacrée (B.). Enfin, si l'État finance diverses activités culturelles et artistiques, nous nous concentrerons sur le secteur des arts de la scène, soit celui des spectacles (c'est-à-dire, grosso modo, les concerts, le théâtre, l'opéra, la danse et les arts de la rue et du cirque), notamment en raison de leur forte dépendance de financements externes (C.).