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Trois kilomètres de long sur un kilomètre et demi de large, Pitcairn est une île minuscule. Durant la majeure partie de son histoire, elle n’a guère compté plus d’une centaine d’habitants, presque tous descendants d’une poignée de marins britanniques et de Tahitiennes qui s’y étaient installés à la suite de la célèbre mutinerie du HMAV (His Majesty’s Armed Vessel – le navire armé de sa Majesté) Bounty. Pitcairn est en outre un endroit particulièrement isolé. Située à quelque 800 kilomètres de la première île habitée, à l’écart des grandes routes commerciales, sa zone de mouillage non protégée a entravé le développement d’un commerce régulier. Mal dotée en terres arables et en ressources naturelles, elle dépend fortement du soutien matériel des navires de passage.
De telles conditions ne semblent pas faire de Pitcairn un lieu susceptible d’éprouver la nature et la portée de la souveraineté de l’Empire britannique. Pourtant, une question a suscité quantité de commentaires et de disputes enflammées : à quel moment Pitcairn est-elle devenue britannique ? Certains ont tenté d’apporter une réponse définitive à ces controverses. Le dernier jugement en date à propos du statut juridique de l’île remonte à 2006, lorsque la cour d’appel des territoires britanniques d’outre-mer et des dépendances de la Couronne a déclaré que les affaires criminelles de l’île relevaient de la juridiction de la Grande-Bretagne. En réponse à un ultime recours déposé par plusieurs hommes de Pitcairn condamnés dans une affaire lancée en 2004, le Comité judiciaire du Conseil privé a statué que, depuis « plus de cent ans, Pitcairn est administrée par la Couronne en tant que possession britannique1 ».
Ce jugement n’a toutefois pas suffi à mettre fin aux controverses relatives au statut passé de l’île. Chercheuses et chercheurs ont pu formuler des idées opposées pour ce qui est du moment exact où Pitcairn serait devenue britannique, et ce d’autant plus aisément que chacun peut piocher à sa guise dans des archives abondantes et d’une grande précision afin d’étayer telle ou telle interprétation. L’opinion publique britannique était quant à elle fascinée par l’histoire romantique d’une communauté chrétienne anglophone et anglo-tahitienne subsistant sur un minuscule bout de terre perdu dans le Pacifique Sud. Face à l’inlassable appétit de descriptions de Pitcairn et de sa population,...





