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L’imagination environnementale, entendue au sens de faculté d’imaginer et de représenter l’environnement, est en pleine transformation. En cette ère de crise écologique, des changements s’observent dans toutes les disciplines, incluant la littérature. Devant tant de certitudes ébranlées quant au futur, l’idée de nature revêt un caractère nouveau. Le rapport de l’être humain au monde est remis en question. Un corpus exprime, depuis quelques décennies, une nouvelle sensibilité aux différents environnements dans lesquels s’ancrent textes, personnages et éléments non-humains. Aux États-Unis, on l’appelle nature writing, un concept qui commence à apparaître dans la littérature québécoise. Dans cette thèse, je propose de retracer le développement d’une sensibilité à la nature dans les écrits francophones du Québec. Quand et comment naît cette sensibilité à l’environnement, accompagnée de préoccupations nouvelles? Sous quelles formes? Comment une écriture-nature se construit-elle au Québec, parallèlement au nature writing américain? Inspirée par l’écocritique, l’histoire des idées et l’histoire littéraire, j’explore ces questions à partir d’un corpus dans lequel les questions du rapport à la nature sont centraux. Pour ce faire, j’analyse les textes en prose du frère Marie-Victorin, de Saint-Denys Garneau, de Gabrielle Roy, de Pierre Morency et de Robert Lalonde. À la lumière de ces lectures, il ressort que l’intérêt pour la nature dans la littérature québécoise commence à changer dans les années 1930, d’abord par la voie des sciences naturelles, puis à travers la prose personnelle. Des auteurs se tournent vers des genres hybrides, défiant les catégories génériques établies, pour approfondir les questions de nature et culture, dans des ouvrages inclassables alliant l’observation scientifique, le journal, l’épistolaire, le récit, le carnet et différents degrés autobiographiques pour réfléchir au rapport au monde. Ce faisant, ils >nature writingdéveloppent un style que j’appellerai écriture-nature. Ces constats aideront à tracer les contours d’une imagination environnementale dans la littérature québécoise et à raconter son histoire