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Ma dissertation conceptualise la résistance à l’enferment dans les productions littéraires et cinématographiques de dix autrices cubaines, haïtiennes et autochtones du XXème et du XXIème siècles. Je trace l’histoire de ce que je nomme l’idéologie occidentale de l’enfermement, un enfermement géographique, mais aussi politique, identitaire et économique, mis en place par les gouvernements occidentaux sur les espaces et communautés colonisées. Ces structures sont particulièrement saillantes dans des espaces à la souveraineté contestée, comme les Nations autochtones au Québec, Cuba et Haïti. Je propose une lecture des politiques d’enfermements à la fois des individus et des communautés développées dans le continent européen et qui ont été adaptées sur Abya Yala, tels que les pensionnats ou encore les institutions de travail forcé. Ces espaces carcéraux ont joué un rôle central dans les déplacements forcés et le travail non- ou sous-rémunéré, et ont tenté de vider l’espace de ses occupant·es pour faciliter l’extractivisme des ressources naturelles (chapitre 1). An Antane Kapesh (Innu), Marie Vieux-Chauvet (Haïti) et Daisy Rubiera Castillo (Cuba) combattent les enfermements coloniaux qui se matérialisent par les stéréotypes de genre, de race et de classe. Leur critique est à la fois historique et politique, déconstruisant les identités imposées de l’extérieur pour reconstruire l’histoire coloniale depuis leur point de vue de femme racisée (chapitre 2). La poésie de Soleida Ríos (Cuba) et Joséphine Bacon (Innu) rend lisibles des formes d’habitation du territoire profondément ancrées dans leur héritage afro-cubain et innu respectif. Leur recherche poétique de la liberté s’oppose à l’idéologie occidentale de l’enfermement par la revendication de déplacements tant physiques que spirituels (chapitre 3). Le roman permet à Emmelie Prophète (Haïti) et Dazra Novak (Cuba) d’explorer des pratiques alternatives d’habiter la ville, l’espace domestique et le corps féminin non-hétéronormatif, et ce en contexte de crise du logement (chapitre 4). Caroline Monnet (Anishinaabe et française) et Gessica Généus (Haïti), dans leurs films de fiction, construisent des dialogues intergénérationnels qui proposent de renverser les structures coloniales, notamment économiques et politiques, dont elles rejettent la légitimité historique, dans le but de reconstruire leur communauté grâce à une praxis décoloniale (chapitre 5). En ouvrant des dialogues entre ces dix autrices et artistes, ma thèse contribue à déconstruire l’idéologie de l’enfermement en proposant une archive multi-genre qui transcende les frontières générationnelles, linguistiques, raciales et nationales issues de la colonisation européenne et affirme en lieu et place une souveraineté narrative.
