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La notion de pluralité se trouve au cœur des polythéismes en tant que systèmes religieux complexes1. Or, penser l’articulation de cette pluralité avec les notions de cohérence, voire d’unité, penser un multiple complexe2, penser un monde divin animé par des interactions plurielles en constante reconfiguration constitue un exercice intellectuel particulièrement difficile. En 2011, Hendrik S. Versnel, dans sa vaste analyse portant sur les « complications du polythéisme », dues à la « multitude déroutante [des] dieux » de la Grèce ancienne, part de la tension entre « ordre » et « chaos »3. Son étude débouche cependant sur une vision plus fluide des logiques qui sont à l’œuvre dans les systèmes de puissances divines : les Grecs ont adopté sur les dieux plusieurs points de vue et ont activé l’un ou l’autre en fonction des contextes4. Le défi majeur consiste donc à articuler contextes et systèmes, micro- et macro-analyses. Seul un jeu d’échelles spatiales et temporelles, maniant des ensembles de données à géométrie variable, est susceptible de faire progresser notre connaissance des dynamiques et des pragmatiques qui animent les religions de la Méditerranée ancienne. Le recours aux dieux relève en effet fondamentalement d’une praxis qui se déploie à travers une multitude de stratégies de communication. Pour en pénétrer les ressorts, les spécialistes choisissent souvent de travailler sur une déclinaison locale ou régionale des panthéons5, sur la vision d’un auteur6, sur telle ou telle fonction7, ou sur un segment du système, à savoir une divinité ou un groupe de divinités8. Adopter un point de vue global, synchronique ou diachronique, tout comme développer une approche multiscalaire représente un défi considérable en raison de la masse de données à maîtriser. Méthode fondamentale de l’histoire des religions, comparer deux ou plusieurs aires géoculturelles est ardu, quand bien même on admet l’importance des dynamiques proprement méditerranéennes et interculturelles9. Aussi se retrouve-t-on face à des apories et à un défi méthodologique qu’il semble urgent de relever.
Les polythéismes à l’ère numérique
Les méthodologies que l’on rattache aux Humanités numériques ont précisément cette ambition de mettre à disposition des chercheurs et chercheuses en sciences sociales des jeux de données massifs et des outils aptes...





