Keywords: Maypole; immaterial heritage; traditions; myths; interculturality
The topic I am going to enlarge upon is the Maypole, a thoroughly European symbol of continuity. Erecting a Maypole is a living tradition, associated with both sacred and profane rituals. My approach to the subject is transdisciplinary and discusses the various linguistic forms under which the festival is known in Europe, its place in European ethnological heritage and its symbolism.
The motif of the Maypole appears quite often in literature. The pre-Christian origin of the feast is illustrated in Ovid's Fasti. The Medieval epos preserved this pagan festival which can be traced in French poems and romances, but also in Dante's The Divine Comedy. Several modern authors such as Anatole France or Marthe Bibesco used the motif of the Maypole and so did Jacques Brel and Georges Brassens in their songs. The motif was also illustrated in the works of many artists, and we only enumerate a few: Bosch, Pieter Brueghel the Older, Goya and Brancusi.
1.L'Arbre de Mai, heritage paien, symbole de la reverdie medievale et motif de la culture populaire
Dans le Traité d'histoire des religions, Mircea Eliade s'arrete aussi sur les mythes d'origine, en observant, entre autres, que des le paléolithique, les civilisations agricoles instaurent « une religion cosmique », concentrée sur le mystere central, celui du renouvellement périodique du monde. Les gens s'y impliquent en participant aux rituels de la végétation, la resurrection de celle-ci étant le reflet de la régénération cosmique. Un exemple en serait la tradition de l'Arbre de mai :
Dans les traditions populaires européennes se sont conservées des traces ou des fragments des scénarios archai'ques par lesquelles on hátait l'arrivée du printemps en ornant un arbre et en le promenant cérémonieusement en cortege. En Europe, il existe encore une coutume selon laquelle, au printemps, au début de l'été ou a la Saint-Jean, on apporte un arbre de la foret et on le place au milieu du village ; ou bien chacun va dans le bois couper des branches vertes et les suspend dans sa maison pour assurer la prospérité du maître de céans. Cela porte le nom d'arbre de Mai ou May-pole (Eliade 1974 : 263).
Dans les Fastes (Livre V), Publius Ovidius Naso (48 av. J.-C) parle du mois de mai : « Le mois de mai - vous demandez - d'ou tire son nom ?/ Je n'en connais assez bien la raison » (n.t.). On y mentionne pourtant le nom de la belle déesse italique Mata Maiesta, « symbole du processus de croissance végétale et patronne de la fécondité de la terre » (Kernbach 1995 : 337). On la fetait le 1-er mai, son nom étant, selon les philologues romains, l'étymon du nom du mois de mai : maius. Ovide mentionne aussi, dans la séquence Lares Praestites du Livre V, « les calendes » (lat. calendae) du mai, d'ou dérive le nom du motif folklorique encore vivant de nos jours en Italie, « calen di maggio ». Il s'en suit des références aux différents rites et fetes du calendrier de mai. Parmi les déesses conviées au dialogue s'inscrit Flora, la puissance de la végétation, qui faisait tout fleurir : arbres et plantes. Ovide y lie le nom de celle-ci a un mythe d'origine hellénique, en supposant que Flora était en réalité une nymphe grecque, Chloris. A l'honneur de Flore, déesse italique des Fleurs et des Jardins, les citoyens de Rome célébraient les floralies (Floralia). On pourrait y trouver aussi l'origine préchrétienne de la fete de l'arbre de mai dont la pérennité dans l'espace indo-européen illustre d'une certaine maniere le concept de « développement durable ».
L'idée du renouveau, l'image de la reverdie qui integre des croyances du substrat préchrétien du culte des arbres et des reminiscences de la pensée sauvage se retrouvent dans un motif tres ancien de la culture populaire, assez répandu en Europe, celui de L'Arbre de Mai. Pour la France, on pourrait citer Francis Dubost, qui dans Aspects fantastiques de la littérature narrative médiévale (XlIeme - XlIIeme siecles) analyse aussi l'imaginaire moyenâgeux qui garde encore ce fonds de pai'en renvoyant vers un « autrefois » antérieur a l'an mil. L'exemple illustratif en est le Lai d'Ignauré dont le héros, qui ne se soumet pas aux regles de l'amour courtois, étant l'adepte de l'amour libre, a une relation privilégiée avec la foret :
C'est lui qui conduit la quete de l'arbre de mai, symbole de la sexualite puissante et de renouveau de la seve, dont le rituel joyeux est évoqué dans l'autre Roman de la Rose, celui de Jean Renart. On sait par ailleurs que les rites du cycle de mai, avec ceux de la Saint-Jean et du Carnaval, ont compté par les cérémonies les plus rebelles aux tentatives d'assimilation ou de confiscation opérées par l'Église. Ignauré, porteur de l'arbre de mai, apparaît donc comme une figure sacrificielle de l'Autrefois paien et naturaliste : « Si tos com entrés estoit mais,/ A l'ajomée se levoit ;/Cinq jongleurs od lui menoit,/Flahutieles et calimiaus:/Au bos s'en aloit li dansiaus/Le mai aportoit a grand bruit/Molt par estroit de grand deduit ;/Chascun jour l'avoit a coustume. Lai d'Ignauré, vv. 28-35 » (Dubost 1991 : 227-228).
Le motif de l'arbre de mai (« il maggio ») apparaît aussi dans la Divina Commedia. Dante y fait référence dans la description du paradis terrestre (Purgatorio, Canto XXVIII). Les rameaux fleuris, qui attirent le regard, évoquent ceux dont les amoureaux de Toscane parent les portes de leurs bien-aimées, le premier mai : « Co' pie ristretti, e con gli occhi passai/Di la dal fiumicel, per ammirare/La gran variazion de' freschi mai » (Dante 1839 : 162).
2.L'arbre de mai en Europe
La tradition de l'arbre de mai est assez répandue en Europe. On l'atteste ainsi dans des pays comme la France, la Roumanie, l'Italie, la Belgique, l'Allemagne, la Grande Bretagne etc. :
[...] il s'agit des arbres de mai ou des arbres de la Pentecôte, que l'on mentionne dans les documents depuis le XlIIe siecle. Apporter l'arbre de mai était une fete. Les gens allaient dans la foret pour le chercher et revenaient dans le village avec des jeunes arbres, des sapins et des bouleaux surtout, qu'ils plaçaient devant les portes, les écuries ou dans les maisons. Les jeunes gens élevaient [...] de tels « mai » devant les chambres de leurs bien-aimées. A part ce « mai » « domestique », au milieu du village ou dans la place de la ville on élevait un grand « mai » ou un pilier, apporté toujours avec une procession solennelle. Cet arbre de mai était élu par toute la communauté qui veillait soigneusement sur lui. On écartait, en général, les branches et les feuilles de l'arbre, en lui laissant seulement la couronne, en y accrochant, outre des rubans et des chiffons de toutes les couleurs, de différents aliments, comme des saucissons, des brioches et des œufs. Les jeunes s'efforçaient a les obtenir en recompense (G. Frazer 1923 : 113).
Ce dernier exemple fourni par Frazer renvoie vers « le mât de cocagne », le mât enduit de la graisse pour le rendre glissant, au sommet duquel sont suspendus des objets pour etre décrochés par les participants a la fete. Le mot « cocagne » a comme étymon le provençal « coucagno », boule [de pastel]. La participation de la communauté a ce rite prouve le caractere social de la fete. L'arbre de mai peut etre porteur d'un message, comme c'est le cas des arbres de la Liberté (ormes, tilleuls et chenes), plantés pour signaler un commencement : la naissance d'un enfant ou l'avenement d'une ere nouvelle, comme c'est le cas de L 'Orne du mail d'Anatole France.
La vénération des arbres par le biais de ces rites, qui subsistent au fil des siecles, renvoie vers la dendrolâtrie des temps anciens et vers les mythes de végétation et de fertilité.
2.1. « Albero di maggio », « calen di maggio », « albero della cuccagna », « la cuccagna »
En Italie, la fete du mai, « il maggio » aux racines préchrétiennes, perdure. Le rite végétal de «l'albero di maggio » aussi, la palette lexicale qui le désigne étant riche, de meme que la typologie du cérémonial au centre duquel peut se trouver une branche verte, un arbre (les essences different) ou un « mât de cocagne », « la cuccagna », le mât glissant au sommet duquel il faut grimper pour décrocher les denrées et les objets qui s'y trouvent suspendus. « La cuccagna » est présent un peu partout en Europe pendant les fetes populaires.
En 1579, au concile de Milan, l'Église catholique proscrivait cette tradition pai'enne de « l'albero di maggio » du premier mai, fete des apôtres saint Jacques et saint Philippe, stipulant l'interdiction de couper les arbres pour les planter ensuite avec des cérémonies. La vitalité du rite en a pourtant triomphé et, le long du temps, le christianisme l'a valorisé vu qu'il était associé aux fetes religieuses aussi, d'ou le caractere amalgamé de cette tradition.
« L'albero di maggio » ou « maggio » a des équivalents linguistiques dans les dialectes si nombreux de l'Italie. Dans la région de Fruli, par exemple, il s'appelle « maj », tandis que dans la région d'Abruzzo (Aquila, Pescara...) on le désigne par « Ju calenne » ou « O calenne », qui renvoient vers « calen di maggio ». Dans les Marches, la forme dialectale est « magghiu » et les exemples peuvent continuer. Le cérémonial de cette fete revet lui aussi diverses formes dans les régions d'Italie.
2.2. L'arbre de mai en France
Héritage de l'Antiquité, le culte des arbres était développé en Gaule ou les forets sacrées étaient nombreuses et étendues, comme la foret de Brocéliande. L'imaginaire celtique atteste le pouvoir magique de la baguette des druides, un petit bâton ou un rameau d'arbre censé provenir de l'arbre sacré, Arbre de vie ou Arbre cosmique. Ce bâton rappelle celui dont les pretresses de Déméter frappaient le sol pour le fertiliser. Il faut mentionner que, dans la mythologie, c'est Hermes qui est le maître de la baguette et il a comme mere Maia :
Ajoutons que Maia était l'une des Pléiades ou Péléiades, ce que nous renvoie une fois de plus a Dodone et a son Arbre cosmique, le chene sacré, et surtout que, dans la mythologie romaine, Maia était une tres ancienne divinité italique, fille de Faunus, qui incarnait la renaissance de la végétation et dont les fetes se célébraient au cours du mois de mai, auquel la déesse a donné son nom (Brosse 2001 : 296).
L'église a lutté contre les cuites antiques et druidiques des arbres en défrichant les forets pour y élever des monasteres, mais il a fallu longtemps pour que le christianisme en triomphe. Les traces de la dendrolâtrie subsistent de nos jours encore, associées parfois aux fetes des saints. L'arbre de mai, survivance des rites paiens, en témoigne apparaissant parfois sous le vernis du christianisme.
Des références sur l'historique et le symbolisme de l'arbre de mai en France on trouve, entre autres, dans l 'ABCdaire des Arbres, sous la plume d'Édith Montelle et illustrées par le tableau L'Arbre de mai ou L'Orme du mail, Paris (musée Carnavalet, École française du XVIe siecle) :
[...] Au Moyen Âge, la nuit du 30 avril était appelée « nuit de Walpurgis », nuit des sabbats et des métamorphoses. Dans toute l'Europe, les jeunes hommes gagnaient les bosquets et les forets proches et choisissaient certaines essences en fonction du message qu'ils souhaitaient transmettre aux jeunes filles sous les fenetres desquelles allaient replanter rameaux et jeunes arbres, les « mais ». En Picardie, la branche de sapin est plantée devant la demeure de celle qu'on veut honorer ; dans l'Yonne, elle est réservée a celles dont la conduite laisse a désirer. En Picardie, le cerisier signifie « a marier » (Montelle 2013 : 82).
En consultant l'internet, on constate que les « mais d'amour » perdurent en France, un exemple en étant le rituel de l'arbre de mai de Locronan, dans le Finistere, qui est inscrit a l 'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France (https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_mai) :
La tradition veut que chaque année un hetre soit érigé sur la place de l'Église, place principale de Locronan. Ce rituel s'exécute le samedi précédent le premier dimanche de mai. La tradition veut que ce soient les jeunes du village qui aillent chercher l'arbre en foret, le ramenent et le plantent a seule force des bras. Ce dernier point est de moins en moins courant, l'arbre est souvent élevé, comme en 2015, a ľélévateur. Quelques branches étaient auparavant ôtées de dénommés « mais d'amour » ou « mais aux filles ».
La meme source fournit des détails sur l'abattage de l'arbre de mai, qui a lieu au mois du juin :
Les jeunes de 19 ans, filles et garçons sont alors chargés d'abattre, a la force de leurs bras et dotés d'une scie a deux manches, l'arbre érigé quelques semaines plus tôt. De nombreux spectateurs viennent les encourager et parfois les aider dans leurs tâches tres physiques. Des musiciens amateurs accompagnent la scene en musique.
La palette linguistique de cette tradition est tres riche en France. En Bretagne, par exemple, l'arbre de mai ou « le mât » s'appelle « ar weren ». Les rituels different d'une région a l'autre. Dans les villages de l'Est, il est un arbre d'amour, « le mai » (un jeune arbre ou un rameau vert). Les jeunes gens le placent devant la porte des jeunes filles a marier, dans la nuit du 30 avril au 1er mai pour les honorer. Pour « arroser » leur mai, les filies leur offrent des gâteaux et des boissons. Autrefois, le geste était individuel, tandis qu'a présent la recompense est collective, vu, que le temps s'est rétréci : travaillant en ville les jeunes ne reviennent dans leur village qu'a la fin de la semaine.
Les arbres porteurs de message, comme les arbres de la Liberté, renvoient vers les histoires antiques des bâtons fichés en terre qui reverdissent, histoires qui perdurent sous un vernis chrétien. Rabelais, par exemple, dans son Gargantua, mentionne un grand orme, nommé l'arbre de Saint Martin, conformément a la légende d'un bâton de pelerin reverdi que le saint aurait planté dans la région de Chinon, pres du bois de Vede.
Tous ces exemples illustrent les métamorphoses de l'arbre de mai le long du temps tout en prouvant la pérennité de ce rite végétal son « développement durable ».
2.3.« Arminden », Sângiorz », « Maial », « Maiagă », « Pom de Mai », « Băuiu », « Păuiu », « Stâlpar »
Tous ces mots renvoient vers le motif de « l'arbre de mai » chez les Roumains et vers la fete populaire a l'occasion du premier mai, début de l'été, quand on pare les portes des maisons paysannes de branches de verdure a rôle apotropai'que. L'ethnographe Simeon Florea Marian en parle dans les Fetes chez les Roumains. Etude ethnographique (Sărbătorile la Români. Studiu etnografic) :
« L'Arminden », appelé aussi « Armindin », « Arminder », « Armendin », « Băuiu » et « Păuiu », tombe presque partout le premier mai de chaque année, quand on célebre aussi le prophete Jérémie qui a donné d'ailleurs le nom de la fete. Dans certains endroits de Transylvanie et de Banat, cette fete a lieu a la veille de la SaintGeorges et a la veille et pendant l'Ascension.
A la veille de ce jour - ou certaines femmes, qui observent les traditions, ne travaillent ni au foyer ni aux champs pour ne pas enfreindre l'interdit, censé déclencher l'orage et la grele - chaque famille roumaine de Banat et de Transylvanie, a peu pres, a l'habitude d'amener et de planter ou de placer devant sa maison, et surtout devant sa porte, une branche verte de hetre, de chene, de saule, ou de tout autre arbre, qui s'appelle « arminden » (Marian 1994 : 317, vol II, n.t.).
Simeon Florea Marian note encore que « l'arminden » ou « pomul de mai » (« l'arbre de mai ») est porté de la foret au village et planté devant les maisons sans cérémonie, tout en précisant que dans certains lieux de la région de Banat (située a l'ouest de la Roumanie) les destinataires de cette offrande végétale sont surtout les villageois notables et les jeunes filles a marier, qui se sont fait remarquer par leurs qualités.
« L'Arbre de mai » ou « l'Arminden » est un exemple illustratif pour la coexistence entre les rites paiens et les croyances religieuses, fait mis en évidence par S.Fl. Marian aussi, dans le livre déja cité. Il y note, dans ce sens, que les Roumains rencontrés pendant ses enquetes de documentation sur les lieux, associaient ce rite végétal a la branche verte (circonscrite au sacré) dont les chrétiens de Bethléem ont paré, a minuit, les portes de chaque maison pour empecher Hérode d'identifier celle ou se trouvait l'Enfant Jésus qu'il voulait tuer. Cette interpretation expliquerait la valeur apotropai'que de « l'Arminden », rite pai'en associé a l'épisode du sacrifice des nouveau-nés du Nouveau Testament, l 'Évangile selon Mathieu. La vitalité de cette tradition, « l'Arminden », est illustrée aussi par le passage du motif du folklore a la littérature. Simeon Florea Marian nous en fournit un exemple, en citant « la légende » Armingeni, écrite par le poete George Coşbuc (1866-1918), originaire de la meme région, Transylvanie.
« L'Armendin » ou « l'Arbre de mai », qui symbolise la vie et la fertilité, était gardé jusqu'a la moisson, son bois étant utilisé pour chauffer le four ou l'on cuisait le pain nouveau, comme note S. Fl. Marian dans ses écrits (Marian 1994 : 317). Celui-ci consigne de meme la tradition de se laver les mains et le visage avec de la rosée le matin de l'Arminden, pratiquée en Moldavie (Marian 1994 : 318). Cette tradition renvoie vers la symbolique de l'Arbre de mai, arbre cosmique, sacré, qui se nourrit de la rosée du ciel (Chevalier, Gheerbrant 1995 : 126).
Chargé de propriétés apotropai'ques, « le Mai » est un arbre sacré, représenté chez les Roumains par des essences diverses : le sapin, le bouleau, le chene, le hetre, le tilleul, le saule, le pommier, le cerisier, le noyer etc. L'ethnologue Romulus Vulcănescu (1912-1999) en traite dans Coloana cerului (La Colonne du ciel). Il y affirme que cet Arbre cosmique « symbolise l'idée de jeunesse sans vieillesse, de continuité vitale et d'immortalité spirituelle » (Vulcănescu 1972 : 33, n.t.). Parmi ces « arbres saints » (Evseev 1998 : 35) figure aussi le sycomore, étudié surtout par l'anthropologue Andrei Oişteanu. Celui-ci met en évidence les propriétés mythiques et symboliques de cet autre « Arbre de mai », de meme que sa puissance apotropai'que, illustrée entre autres, par le fait que parmi les végétaux dont on pare le jour d'Arminden les tombeaux, les églises et les maisons - en Transylvanie et Banat - figure aussi « paltinul » (le sycomore). L'auteur consigne encore que « l'on croit que les feuilles et les branches du sycomore ont une force magique plus grande si elles sont cueillies seulement (ou expres) le jour de l'Ascension (Oişteanu 1989 : 132, n.t.). Il mentionne de meme que cet arbre était employé autrefois comme bornefrontiere végétale entre les propriétés terriennes. Le symbolisme de l'arbre s'amalgamait ainsi avec celui du « seuil », doué lui aussi de la meme valeur apotropai'que.
Meme si les rapports de l'homme avec la nature ont changé, par la progression du temps, a cause de la migration d'une bonne partie des habitants des villages vers la ville, fait qui a mené a la disparition de certaines traditions agraires, il y en a pourtant quelques-unes qui perdurent. Le va-et-vient entre la ville et le village ou se trouvent les parents de ceux qui travaillent en ville y joue un rôle important, de meme que le désir de faire la fete au milieu de la nature, d'ou la survivance de ces traditions sous des formes amincies, meme désacralisées. « L'Armindin » ou « l'Arbre de mai » s'y inscrit, sans doute.
Dans son étude Pomul vieţii şi ramura frântă - permanenţă şi continuitate (L'Arbre de vie et le rameau sacré - permanence et continuité), l'ethnologue Livia Rusu y fait référence, en dressant un parallele entre le passé et le présent. Dans cette perspective, elle note que, jadis, la population roumaine d'origine allemande - « Saşii » de Transylvanie et de Bukovine - avait l'habitude de célébrer « l'Arminden » en plaçant devant les portes de leurs maisons un sapin élagué, paré de rubans colorés, et en sortant dans la nature pour faire la fete. On y consigne que du côté de Sibiu la fete s'appelait « nedeia maialului » (« la fete du Mai »). L'autrice de l'étude affirme que la tradition de l'Arbre de mai perdure dans la région sous cette forme de fete « verte » : « La tradition des fetes au milieu de la nature existe encore a Reghin, ou au début du mois de mai les " Saşii " de la ville et de cette zone, de meme que les Roumains et les autres nationalités se réunissent a "Pădurea Rotundă" ("La Foret Ronde") pour faire la fete ensemble » (Rusu 2008 : 80-81, n.t.).
Tout comme dans la mythologie populaire, « la colonne d'arminden » ou « maialul » fait partie d'un complexe de cérémonies agraires de fertilité. La proximité de certaines fetes a généré des superpositions avec les représentations symboliques chrétiennes, la branche d 'armindin rappelant la branche verte mise a la porte de la maison ou se trouvait Jésus pour l'identifier, chose impossible vu que le lendemain toutes les portes étaient ornées de verdure. Il ya aussi une autre contamination, celle avec la Saint-Georges, quand on pare aussi les portes de rameaux verts et l'on pratique aussi le bain rituel avec de la rosée. A « Arminden », de meme qu'a la Saint-Georges, fete pastorale, on mange de l'agneau grillé. Le festin a lieu sur l'herbe verte, a meme la terre, prouvant la croyance dans la magie du contact, ce moment de communion se plaçant dans la suite des pratiques apotropai'ques et de propitiation déja mentionnées. Le cérémonial inclut aussi la hora, danse populaire en cercle, symbole du soleil qui réunit. La meme symbolique du soleil nourricier se retrouve dans le jeu populaire traditionnel pratiqué a cette occasion, « prăjina lui Nătăfleaţă » (« la perche du benet »), l'équivalent de « l'arbre de cocagne », déja mentionné. Au sommet de la haute perche glissante, il y a, suspendue, une roue ornée de branches vertes a laquelle sont accrochés des aliments et divers objets enrubannés, que les plus adroits participants au jeu décrocheront.
La présence de l'arbre de mai dans la plupart des pays européens est un exemple de la circulation des motifs folkloriques dans cet espace si riche en traditions. Les diverses facettes de ce rite végétal mis en évidence par la diversité linguistique montrent la richesse d'un patrimoine a préserver.
2.4.L'arbre de mai en Belgique
Le Meyboom (ou Meiboom en néerlandais, arbre de mai) est une tradition inscrite sur la liste representative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2008. C'est la plus ancienne tradition bruxelloise, attestée depuis 1308. Elle consiste a planter triomphalement chaque année, le 9 aoÛt (veille de la Saint-Laurent, patron de la Compagnie chargée de la tradition), un arbre (un hetre coupé la veille dans la foret de Soignes), au coin de deux rues de Bruxelles (la rue des Sables et la rue du Marais) avant 17 heures. L'arbre, qui doit peser au moins 600 kilogrammes, est porté sur les épaules des « buumdroegers » (les porteurs d'arbre au travers des rues de Bruxelles) jusqu'a l'endroit prévu pour sa plantation (un trou assez profond protégé par une grille). Il sera enlevé des le lendemain. Cette tradition festive est accompagnée d'un défilé de géants, de fanfares etc. Le Meyboon est planté aussi a Louvain ou la tradition remonte a 1939.
Il faut mentionner aussi la plantation du mai a Silly, dont le patron est Saint Marcoult. C'est a son honneur que l'arbre a été planté a l'origine. Sa fete est célébrée le premier dimanche de mai. Le mai était offert autrefois aux jeunes filles du hameau. Vers 1900, c'était un bouleau ou un peuplier. De nos jours, c'est un chene (de 14 ou 15 metres de hauteur, qu'on abat le matin le dernier samedi d'avril), au sommet duquel on place un jeune bouleau feuillu, opération arrosée de biere et de genievre. Le dimanche, on le porte dans le hameau ou il est dressé entre 16 et 18 heures. Des que l'arbre est en place, la cloche de la chapelle commence a tinter. L'arbre de mai sera déplanté a la fin du mois dans la meme atmosphere festive.
3.« Le Mât de Cocagne » dans la littérature et la chanson
Dans le poeme en prose Limitation ou voyage, qui reprend l'idée du poeme homonyme des Fleurs du mal, Baudelaire parle du Pays de cocagne, ce pays imaginaire d'abondance ou coule le lait et le miel et la vie est sans souci, qu'il présente « noyé dans les brumes de notre Nord » :
Un vrai pays de Cocagne, ou tout est beau, riche, tranquille, honnete ; ou le luxe a plaisir a se mirer dans l'ordre ; ou la vie est grasse et douce a respirer ; d'ou le désordre, la turbulence et l'imprévu sont exclus ; ou le bonheur est marié au silence ; ou la cuisine elle-meme est poétique, grasse et excitante a la fois ou tout vous ressemble, mon cher ange (Baudelaire 1975 : 301).
Les références a la cuisine « grasse » du texte permettent d'envisager le Mât de cocagne, au sommet duquel on accroche des saucissons, des jambons, des poulets rôtis, comme un métonyme de ce pays ardemment désiré dont parle le poete. Ce motif folklorique se retrouve dans la littérature belge aussi, chez Gaston Compere, par exemple, dans le poeme Le Mât de cocagne qui fait partie du volume Géométrie de l 'absence :
- Qu'é-t-on suspendu au mât de cocagne ?/ - Deux petits jambons/ deux gros cornichons parfumés/ a l'estragon/ un mirliton enrubanné/ d'un liseron/ en hermes un Napoléon/ outrecuidant/ quarante-trois ballons/ pour les petits enfants/ et des sacs de bombons fondants//- Qu'a-t-on fait du mât de cocagne ?/ - Non sans audace/on l'a dressé au milieu de la place (Wouters 1985 : 123).
Le meme motif est présent aussi chez Jacques Brel (1929-1978), poete et chanteur belge reconnu, dans la célebre chanson Le plat pays, ou il fait le portrait de son pays : « [...] Avec des cathédrales pour uniques montagnes/ Et des noirs clochers comme mâts de cocagne. ». Georges Brassens (1921-1981), chanteur français et auteur-compositeur non moins célebre, évoque lui aussi cette vieille tradition dans la chanson Aupres de mon arbre : « J'ai plaqué mon chene/ Comme un saligaud,/ Mon copain le chene,/ Mon alter ego./ On était du meme bois/ Un peu rustique, un peu brut/ Dont on fait n'importe quoi/ Sauf naturellement les flÛtes./ ./ Mais toi, tu manques a l'appel,/ Ma vieille branche de campagne,/ Mon seul arbre de Noēl,/ Mon mât de cocagne ».
Écrivaine roumaine d'expression française, Marthe Bibesco (1886-1973) est, entre autres, l'auteur du livre Isvor, le pays saules (1923), inspiré par la culture populaire de son pays d'origine. On y évoque, avec la science d'un anthropologue, la civilisation archai'que du village roumain, avec ses rites et ses traditions ayant leurs racines dans le néolithique, sur lesquels se sont greffées au fil du temps d'autres influences culturelles : grecque, celte, romaine, slave. L'héritage pai'en s'y allie avec le calendrier chrétien des fetes, le magique s'associant au religieux. Le chapitre XXI de ce livre, intitulé L'ARBRE DE MAI, le prouve aussi, décrivant ce rite végétal present aussi en Roumanie, ou il a plusieurs noms encore, parmí lesquels « Arminden » :
« Armindine », l'arbre de mai, c'est encore le saule! On le fete aujourd'hui sous un nom étranger, dans ce pays toujours en fete. Les hommes ont coupé la branche d'un saule, la plus haute et la plus feuillue, pour la planter en terre devant leur maison...C'est le « mai d'amour », le rejeton verdissant, la représentation du doigt levé du Çiva, dieu de la vie, honoré aux Indes, d'ou cette tradition est venue jusqu'ici, on ne sait trop comment ni pourquoi, a la maniere des graines ailées de certaines fleurs qui essaiment et se reproduisent dans le vent (Bibesco 1994 : 174).
4.L'Arbre de Mai dans les arts plastiques
4.1.Chez Bosch
Le motif de l'Arbre de mai apparaît aussi chez quelques grands peintres européens, parmi lesquels figure Jérôme Bosch (v. 1450-1516), illustre peintre brabançon dont l'œuvre a servi comme source d'inspiration pour d'autres artistes tel Pieter Bruegel l'Ancien, son grand disciple. On le rencontre ainsi dans La Nef des fous (v. 1494, huile sur bois, Paris, Musée National du Louvre), qui est une satire a l'adresse des moines et des religieuses qui s'adonnent aux exces (gourmandise, beuverie) et a la débauche, négligeant leurs devoirs spirituels, en compagnie des paysans partageant les memes vices et d'un fou tenant en main sa marotte, personnage investi du rôle de moraliser par le biais de la moquerie. La barque est une métaphore fréquente au Moyen Âge, connotant la vie en dérive. Dans le tableau de Bosch, elle a comme mât un arbre feuillu et comme gouvernail, une branche cassée. Walter Bosing note a ce sujet :
L'arbre vert mis a la place du mât correspond peut-etre, comme beaucoup le croient, a l'arbre de mai des fetes de village printanieres, au cours desquelles le peuple et les ecclésiastiques s'adonnaient ensemble a de nombreux amusements, mais également a de nombreux exces (Bosing 2016 : 30).
Parmi les exces condamnés figure la gourmandise qui transforme l'arbre de mai en mât de cocagne :
L'intempérance domine la représentation du paysan qui découpe une oie rôtie embrochée sur le mât ; et l'homme qui a visiblement mal au cœur ainsi que celui qui tient l'énorme louche a la main ont succombé a ce meme peché (Bosing 2016 : 29-30).
Une interpretation semblable du tableau de Bosch apparaît chez Jean-Claude Frere, dans Les peintres flamands :
Quoi qu'il en soit, une dizaine de personnages s'y trouvent entassés dans une barque trop petite. Le mât de la barque, auquel sont attachés une oriflamme et un poulet rôti, est planté dans un buisson. A son sommet est fixé un arbre de mai. Un homme armé d'un couteau surgit du buisson et tente de couper les liens qui retiennent la volaille. A côté, trois autres hommes essaient de manger une crepe suspende a une corde. Un fou, sa marotte a la main, est assis sur une branche écorcée et boit dans une écuelle (Frere 1996 : 139).
4.2.Chez Pieter Bruegel l'Ancien
Sumommé Bruegel le Drôle ou Bruegel le Paysan, Pieter Bruegel (Brueghel) l'Ancien (1525/30-1569) est le plus important peintre flamand du XVIe siecle. Admirateur de Bosch, il reprend beaucoup de themes de celui-ci, en les recréant et en leur imprimant la marque de son propre génie. Ses tableaux sont souvent inspirés par la nature et la vie des paysans. Dans une époque de famine, ceux-ci ne revent qu'a manger a leur faim. Une fois rassasiés, ils expriment leur joie, de vivre par la danse, lors des kermesses. La nourriture occupe une place d'élection chez Bruegel. Le tableau Le pays de Cocagne (1567, huile sur bois, Münich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Alte Pinakotek) en témoigne, sans doute. L'arbre du mai s'y métamorphose en arbre de cocagne, comme chez Bosch :
Un paysan, un chevalier et un clerc reposent le ventre plein sous un arbre qui porte une table dressée. L'écuyer en partie vetu d'une armure monte la garde et espere que quelque chose lui tombera « dans le bec ». Derriere la fantaisie d'un pays légendaire ou la nourriture est en abondance, il y a la douloureuse expériences des famines chroniques (Hagen 2017 : 74).
Dans Critique d'art, Baudelaire fait référence a Pieter Bruegel l'Ancien aussi :
Les Flamands et les Hollandais ont, des le principe, fait de tres belles choses, d'un caractere vraiment spécial et indigene. Tout le monde connaît les anciennes et singulieres productions de Brueghel le Drôle [...] (Baudelaire 1976 : 572).
A travers les siecles, son imaginaire rejoint celui du peintre admiré par le biais d'un motif d'inspiration commun qui apparaît dans un poeme et dans le poeme en prose homonyme, Limitation au voyage, comme nous l'avons déja mentionné.
4.3.Chez Goya
Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828), l'artiste espagnol qui domine la peinture dans la période qui relie la fin du XVIIIe siecle et le début du XIXe siecle (1780-1820), aura une grande influence sur l'impressionnisme français. Né a Fuendetos, un village d'agriculteurs situé en Aragon, il est familiarisé avec les costumes et les traditions du lieu. Ceux-ci lui inspirent aussi La Cucaña (1787), rite ludique de l'arbre de mai, désignant un jeu populaire traditionnel qui consiste a grimper en haut d'un poteau enduit de graisse pour gagner des provisions de bouche (saucisses), des friandises, des jouets ou d'autres objets qui s'y trouvent suspendus. La palette sémantique liée a cette tradition est assez riche : « más alto que una çucaña » (« long comme un jour sans pain » ; « esta era cucaña » (« c'est le pays de Cocagne ») ; « no andaban a caza de cucaña » (« ils ne courraient pas apres les aubaines »).
La Cucaña fait partie des peintures réalisées pour le duc de Osuna et s'encadre dans la série des féeries champetres, des scenes de fetes, réalisées avant que la vie du peintre s'assombrisse (Los Zancos, La Gallina ciega, El Pelele etc.) La chromatique y est lumineuse, annonçant l'impressionnisme.
4.4.Arbre de vie, Arbre de mai chez Brancusi
Brancusi (1876-1957) est considéré par la critique d'art le pere de la sculpture modeme. Né en Roumanie, il se rend apres ses études en France, ou il entre en contact avec les mouvements artistiques d'avant-garde. Son œuvre est dominée par le theme de l'élévation. A ce sujet se circonscrit aussi sa Colonne sans fin, piece centrale de l'ensemble architectural de Târgu-Jiu en Roumanie. Haute de 30 metres, composée de 16 éléments en forme de rhombes et réalisée en fonte métallisée, elle est un véritable Arbre de vie, « le pilier central qui soutient les niveaux cosmiques » (Eliade 1952 : 53).
Cet « arbre cosmique » de Brancusi peut etre rattaché aux traditions roumaines. Dans Brancusi et les Mythologies, Mircea Eliade note dans ce sens :
Il est significatif que Brancusi ait retrouvé, dans la Colonne sans fin, un motif folklorique roumain « la Colonne du ciel » (columna cerului), qui prolonge un theme mythologique attesté deja dans la préhistoire et qui, en outre, est assez répandu a travers le monde [...] (Eliade 1982 : 103).
La Colonne du ciel, croyance préchrétienne, se retrouve en fait dans le rite de l'Arbre de mai, encore vivant en Roumanie aussi. Né dans une région boisée de ce pays (Olténie), Brancusi avait le culte de l'arbre. Avant de réaliser la Colonne sans fin de Târgu-Jiu, il a sculpté d'ailleurs d'autres colonnes en bois dont on retrouve plusieurs dans son atelier de Paris.
5.En guise de conclusion
La présence de la tradition de l'arbre de mai chez les peuples européens, du temps jadis jusqu'a présent, illustre l'unité et la richesse d'un patrimoine ethnologique dont le reflet se retrouve dans le plan linguistique et culturel. La littérature et les arts plastiques en témoignent. L'histoire du « mai » est une véritable source d'émerveillement parce qu'elle nous révele a la fois les arcanes de la pensée magique et ses pratiques liées au calendrier, qui perdurent sous des formes adaptées a l'actualité. Ce patrimoine immatériel doit etre préservé par les générations futures, de meme que le jardín des langues que nous avons en partage.
Bibliographie
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Baudelaire 1976: Charles Baudelaire, Œuvres completes, II, Paris, Éditions Gallimard.
Bibesco 2013 : Princesse Bibesco, Isvor. Le pays des saules, Paris, Bartillat.
Brosse 2001 : Jacques Brosse, Mythologie des arbres, Paris, Éditions Payot &Rivages.
Bosing 2016 : Walter Bosing, Bosch, Rotterdam, Taschen.
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Dante 1839: Dante Alighieri, La Divina Commedia, Napoli, Tipografia Cirillo.
Dubost 1991 : Francis Dubost, Aspects fantastiques de la littérature narrative médiévale (XlIeme - XIIe siecles), Paris, Librairie Honoré Champion Éditeur.
Eliade 1974 : Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, Éditions Payot.
Eliade 1982 : Mircea Eliade, Brancusi et les Mythologies, Paris, Arted, Éditions d'Art.
Evseev 1998 : Ivan Evseev, Dicţionar de magie, demonologie şi mitologie românească, Timişoara, Editura Amarcord.
Frazer 1923 : James, George Frazer, Le Rameau d'or, Paris, Librairie Orientaliste Paul Geuthner.
Frere 1996 : Jean-Claude, Frere, Les peintres flamands, Paris, Editions Pierre Terail.
Gassier 1989 : Pierre Gassier, Goya, Roma, Newton Compton.
Ghinoiu 2013 : Ion Ghinoiu, Mitologie română. Dicţionar, Bucureşti, Univers Enciclopedic Gold.
Hagen 2017 : Rose-Marie &Rainer Hagen, Bruegel, Köln,Taschen.
Kernbach 1995 : Victor Kernbach, Dicţionar de mitologie generală, Bucureşti, Editura Albatros.
Marian 1994 : Simeon Florea Marian, Sărbătorile la români. Studiu etnografic, Editura Fundaţiei Culturale Române.
Montelle 2013 : Edith Montelle, in L'ABCdaire des arbres, Paris, Flammarion.
Oişteanu 1989 : Andrei Oişteanu, Motive şi semnificaţii mito-simbolice în cultura tradiţională românească, Bucureşti, Editura Minerva.
Ovidiu 2001 : Ovidiu, Opere, Bucureşti, Gunivas.
Rusu 2008 : Livia Rusu, Pomul vieţii şi ramura sfântă-permanenţă şi continuitate, Oradea, Editura Muzeului Ţării Crişurilor.
Vulcănescu 1972: Romulus Vulcănescu, Coloana cerului, Bucureşti, Editura Academiei Române.
Wouters 1985 : Liliane Wouters, Ça rime et ça rame, Bruxelles, Editions Labor.
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© 2021. This work is published under https://www.philologica-jassyensia.ro/index_en.html (the “License”). Notwithstanding the ProQuest Terms and Conditions, you may use this content in accordance with the terms of the License.
Abstract
The topic I am going to enlarge upon is the Maypole, a thoroughly European symbol of continuity. Erecting a Maypole is a living tradition, associated with both sacred and profane rituals. My approach to the subject is transdisciplinary and discusses the various linguistic forms under which the festival is known in Europe, its place in European ethnological heritage and its symbolism. The motif of the Maypole appears quite often in literature. The pre-Christian origin of the feast is illustrated in Ovid's Fasti. The Medieval epos preserved this pagan festival which can be traced in French poems and romances, but also in Dante's The Divine Comedy. Several modern authors such as Anatole France or Marthe Bibesco used the motif of the Maypole and so did Jacques Brel and Georges Brassens in their songs. The motif was also illustrated in the works of many artists, and we only enumerate a few: Bosch, Pieter Brueghel the Older, Goya and Brancusi.
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1 AMOPA-ROUMANIE, Roumanie





