Content area
Full text
Mike Davis, traduit de l'anglais par Marc Saint-Upery, Paris: La Decouverte, 2003, 479 pages.
Recenseur: Alicia Sliwinski Universite de Montreal
Mike Davis est un auteur pour le moins eclectique. Parmi ses ouvrages precedents il a publie City of Quartz, Excavating the Future in Los Angeles (Verso, 1990), livre qui raconte l'histoire du developpement de la ville de Los Angeles et qui lui valut une certaine renommee comme chercheur independant. Dans Genocides tropicaux, Davis s'attaque a un sujet fort distinct mais de taille et qui selon lui n'a pas eu sa juste place dans les sciences sociales, a savoir l'histoire politique et environnementale des famines a la fin de l'ere victorienne. Si l'entreprise parait vaste, Davis ne lesine pas: en pres cinq cents pages abondantes en details et citations de sources de l'epoque, ce livre offre un panorama riche et complexe d'une realite sans doute meconnue.
Comme le suggere le titre, cet ouvrage concerne l'hecatombe d'une bonne partie de <<l'humanite tropicale>>, entre trente et soixante millions de personnes plus precisement, au moment meme ou le grand empire colonial de l'epoque proclamait sa Pax Britannica. D'ailleurs, si une image vaut mille mots, d'emblee les photos en couverture disent qui sont les protagonistes de cette triste histoire: en haut le vice-roi aux Indes, Lord Lytton, est majestueusement assis entoure de ses serviteurs indiens, en bas, une famille decharnee fixe d'un air hagard une camera coloniale. Selon Davis, <<l'interpretation conventionnelle de l'histoire economique>> du XIX[Symbol Not Transcribed] siecle, et surtout de son dernier quart, ne rend pas justice aux causes naturelles et politiques qui sont a l'origine de cette tragedie. Est-ce la une cecite volontaire? Davis ne se prononce pas, mais il trouve profondement signifiant l'ampleur du silence des historiens a cet egard (p. 14). Aussi son approche est-elle celle d'une <<ecologie politique de la famine>> dans laquelle l'histoire environnementale et l'economie politique marxiste sont mises a contribution (p. 22). Mais on aurait tort de croire que Davis relate une histoire de l'environnement trop lineaire; il reinscrit plutot l'environnement dans le devenir historique de populations rurales pauvres de l'Inde, de la Chine et du Bresil - les trois etudes de cas principales etudiees ici - mais aussi a partir d'exemples ethiopiens, algeriens, indonesiens et philippins, pour ne nommer que...