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Résumé
Dans l'histoire de la mélancolie, l'acédie occupe une place particulière. Définie de manière approfondie par Evagre le Pontique au Ve siècle, elle va faire partie des sept péchés capitaux de l'Eglise catholique. Assimilée à la tristesse, puis à la paresse, l'acédie va fortement contribuer à donner de la mélancolie une image extrêmement négative, dont la dépression porte encore les stigmates. Cependant, ni le destin de la maladie, de la théorie des humeurs ou de celle des tempéraments ne suffisent à empêcher que se manifeste toujours un lien entre mélancolie et imagination, entre mélancolie et génie. L'acédie existe-elle toujours ? La question reste ouverte.
Introduction
Apparue au IVe siècle et associée au développement du monachisme chrétien dans le désert qui jouxte le delta du Nil, entre Alexandrie et le Caire, l'acédie connaît un destin extraordinaire. Faisant partie d'une première liste de huit mauvaises pensées chez Evagre le Pontique, elle se confond par la suite avec la tristesse, puis avec la paresse, qui seule apparaîtra dans la liste, encore actuelle, des sept péchés capitaux.
A la fin du Moyen- Age, les termes d'acédie et de mélancolie sont utilisés de manière quasiment équivalente. Les raisons en sont multiples, de nature théologique, philosophique et iconographique. Passée à l'arrière-plan depuis la fin de la Renaissance, elle connaît un regain d'intérêt au XIXe siècle dans le cadre du mouvement romantique, chez Baudelaire notamment.
De manière plus contemporaine, elle est le sujet de nombreux ouvrages, romans et essais, ainsi que de discussions plus ou moins savantes sur différents sites internet. Enfin, elle apparaît toujours dans le lexique du site internet de l'Eglise Catholique de France (http://www.eglise.catholique.fr) :
[L'acédie est] un mal de l'âme qui s'exprime par l'ennui, le dégoût pour ?a prière, ?a pénitence, ?a lecture spirituette. [Elle] peut être une épreuve habituellement passagère, mais peut être aussi un état de l'âme qui devient une véritable torpeur spirituelle et ?a replie sur elle-même. C'est alors une maladie spirituelle.
L'histoire de la mélancolie est-elle utile pour mieux comprendre l'acédie, ou au contraire met-elle en évidence sa singularité ? Et sinon, peut-on trouver d'autres analogies ou d'autres rapprochements pour l'expliciter ? Corrélativement, les aléas de l'acédie permettent-ils d'éclairer l'histoire de la mélancolie et son avatar contemporain qu'est la dépression ? Dans...





