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1867 : Exposition Universelle de Paris. Face à l'entrée principale s'élève le pavillon dressé avec panache par Courbet : son "Temple du Réalisme", avec un ensemble de 1 15 oeuvres. «M. Courbet est en train de bâtir un Louvre personnel», n'avait manqué de souligner Théophile Silvestre dans Le Figaro.
" J'ai fait construire une cathédrale dans le plus bel endroit qui soit en Europe, au pont de l'Aima, avec des horizons sans bornes au bord de la Seine et en plein Paris et je stupéfie le monde entier. - écrivait Courbet à l'ami et collectionneur Alfred Bruyas - Toute la peinture qui est en Europe est exposée à Paris en ce moment. Je triomphe non seulement sur les modernes, mais encore sur les anciens (...) . J'ai consterné le monde des arts "'.
En réalité le "monde des arts" (ainsi que le public) n'avait pas caché une certaine lassitude désabusée : "la bienveillance du public et de la critique alla jusqu'à l'indifférence" signalait Paul Mantz2. Ou, pire : " L'exposition de Courbet au pont de l'Aima ne faisait pas beaucoup plus d'argent que le pauvre manchot qui stationne sur ledit pont " rapportait sans égard un autre critique. Après le légendaire "Pavillon du réalisme" que Courbet avait érigé lors de l'Exposition Universelle de 1855, ce nouveau coup de théâtre n'avait pas échappé aux persiflages de la critique qui, comme on le soulignait dans la presse, " n'était pas toujours tendre " face aux initiatives d'un artiste défini parfois " quelque peu fanfaron de vanité "\ Pourtant la nouvelle rétrospective de Courbet en 1867, n'était pas seulement l'occasion d'une grande messe commémorative. Elle était aussi, et surtout, l'occasion d'un faceà-face entre les rudes " tranches de vie " proposées par Courbet comme machines de guerre lors de la " bataille réaliste " et les paramètres conceptuels qui, au fil du temps, étaient intervenues pour mieux cerner une notion aux contours aléatoires.
Ces tableaux provocateurs, ces " morceaux de nature coupés " (Th. Gautier) qui, au temps du «Pavillon du Réalisme» avaient imposé de nouveaux paramètres esthétiques, étaient-ils encore aptes à définir les modalités complexes qui, vers la fin des années 60, régissaient le rapport entre l'oeuvre picturale et la saisie du 'vrai' ? Car si...





