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Résumé
La reconnaissance du rôle de la subjectivité dans la production de connaissance a suscité nombre de travaux féministes dont l'objet était de repenser les standards de l'objectivité tout en évitant le relativisme radical. Ces travaux relèvent des 'épistémologies féministes' qui, quoique recouvrant des approches très hétérogènes, remettent toutes en question une théorie de la connaissance ignorant le contexte du sujet épistémologique. Dans ce cadre, cet article vise à saisir dans quelle mesure les diverses postures épistémologiques du 'point de vue' concilient l'engagement politique féministe et certains critères d'objectivité. Il analyse les conditions qui permettent que la subjectivité soit considérée, non comme un obstacle, mais comme une ressource pour la production de la connaissance scientifique.
ÉPISTÉMOLOGIE - SAVOIRS SITUÉS - SUBJECTIVITÉ - THÉORIES FÉMINISTES - THÉORIES DU POINT DE VUE
Les apports de la théorie féministe au champ des science studies ont contribué au développement de nombreux travaux qui ont mis en évidence les biais sexistes et androcentriques de la production scientifique. Les femmes dans la recherche, conscientes de leur statut minoritaire, se sont intéressées aux façons dont elles ont été exclues de la pratique scientifique ; ce qui les a amenées à formuler un certain nombre de questions d'ordre épistémologique : qu'aurait été une science faite par les femmes ? Quelles ont été les conséquences de l'hégémonie des hommes (blancs, de classe moyenne, occidentaux et hétérosexuels) dans le domaine de la science ?
Les épistémologies féministes, quoique rassemblant divers courants et traditions philosophiques et épistémologiques, partagent toutes ce « scepticisme par rapport à la possibilité d'une théorie générale de la connaissance qui ne tienne aucunement compte du contexte social et du statut des sujets connaissant » (Alcoff, Potter 1993). Dans cet article, l'épistémologie sera ainsi comprise comme une théorie de la connaissance permettant de répondre aux questions suivantes : Qu'est-ce qui peut être considéré comme relevant de la connaissance ? Quels en sont les principes de justification ? Qui peut produire de la connaissance ? Et par quels moyens ? Selon Elizabeth Anderson (1995), deux objectifs centraux guident le projet épistémologique féministe. Il s'agit, d'une part, de détailler les apports de la critique féministe à la mise en évidence du sexisme et de l'androcentrisme dans la pratique scientifique en définissant ce qu'est une...





